Ema, dernier né de Pablo Larraín, consume tout sur son passage

IncendiaireVu par Zibeline

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C’est sur un incendie observé à distance par Ema que s’ouvre et se referme le long-métrage. Entretemps, c’est sur les désirs brûlants de la jeune femme que s’attardera la caméra de Pablo Larraín, et sur leur étonnante aptitude à refaçonner le monde. Tout comme son personnage éponyme, Ema n’est que séduction paradoxale : l’intrigue avance, séductrice, sensuelle, dans une frontalité de façade qui n’en dissimule que mieux ses enjeux. On y suit une danseuse – Mariana Di Girólamo, prodigieuse révélation du film – suite à l’échec ordinaire mais tabou d’une démarche d’adoption. La stérilité de Gastón, son chorégraphe de mari – sensible Gael García Bernal – l’ayant amenée à recueillir un petit Pablo, puis à s’en défaire. Car le garçonnet, perturbé, s’est empressé de mettre le feu à la maison familiale, et de provoquer des lésions irréparables sur le visage de sa sœur …

Jugée indigne par les services d’adoption, par ses collègues de travail, renvoyée de l’école où elle enseigne, Ema se refuse pourtant à se justifier, à s’excuser de la pulsion de vie qui s’empare alors d’elle. En se détournant de la danse contemporaine prisée par Gastón, c’est au reggaeton qu’elle s’attelle furieusement, à cette pulsation incessante que le chorégraphe quadragénaire ne peut qualifier que de « prison ». La réalisation épouse savamment ce paradoxe : on est tantôt avec Ema, tantôt inquiets pour elle. Jusqu’à la révélation finale, d’une perversité assez époustouflante.

SUZANNE CANESSA
Août 2020

Emade Pablo Larraín (1h42), en salles le 2 septembre.