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Destins croisés dans l'écriture âpre d'Apatride de Shumona Sinha

Incandescences programmées

Destins croisés dans l'écriture âpre d'Apatride de Shumona Sinha - Zibeline

Esha tente de vivre à Paris, Mina de résister à Calcutta, Marie va et vient entre les deux ; toutes les trois sont indiennes comme Shumona Sinha qui écrit en français, langue du pays qu’elle a choisi comme patrie. Dans son quatrième roman l’auteure choisit ( ?) de creuser l’axe de l’identité (le sexe, la race) aux prises avec les lourdeurs ou les contradictions des sociétés décrites : Esha, professeur d’anglais dans un lycée de la banlieue Est parisienne se bat dans une France en crise pour obtenir sa naturalisation, le respect de ses élèves ou des hommes qu’elle rencontre ; Mina, jeune paysanne engagée dans un soulèvement contre l’expropriation des terres et surtout enceinte de son cousin, va se heurter à une violence inouïe et définitive ; quant à la troisième, au prénom d’enfant adoptée, elle promène vainement sa révolte et sa quête des origines entre les deux continents et surtout sur Facebook. Energies et désirs bafoués par la tradition, enfer bureaucratique ou plus sèchement comportement des hommes tels qu’ils sont ici ou là : ce roman terriblement triste dont le titre, Apatride, suggère que la femme est en exil même dans son propre corps, croise des éléments démonstratifs évidents avec des thématiques à peine plus souterraines comme celle du feu qui consume les deux bouts du récit et embrase l’écriture « en colère » de Shumona Sinha . Le sujet ne manque pas d’intérêt et l’écriture âpre prend le lecteur à la gorge ; on aurait aimé sans doute une petite fissure dans la démonstration ou un regard légèrement de biais ; on ne les y trouve pas. C’est dommage !

MARIE-JO DHO
Février 2017

Apatride Shumona Sinha
Editions de l’Olivier, 17,50 €