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Roman : La Bicoque de Sara Vidal, ou le choix de se couper du monde

Impossibles échappées

• 8 novembre 2018 •
Roman : La Bicoque de Sara Vidal, ou le choix de se couper du monde - Zibeline

Se retrouver hors du monde, de ses remuements, de ses pesanteurs, seul, enfin, à l’instar des stylites, (mais sans le dolorisme), est-ce encore possible ? Le dernier roman de Sara Vidal, La bicoque, renvoie le mythe du vieil ours solitaire aux calendes grecques. Le protagoniste, désigné par une troisième personne qui autorise de préserver son opacité, a quitté la Ville « succombant sous les déchets ». Son refuge, une petite maison, en un tel état qu’elle ne mérite que le nom de « bicoque », domine une crique déserte hors saison estivale. Douceur d’automne, avec du sel sur les lèvres, le ressassement infini des vagues, soleil tendre… est-il lieu plus propice aux rêveries, au retrait du monde, loin du chaos ? Éden rousseauiste… Le retour sur soi se meuble de souvenirs, femmes aimées, désaimées, enfants lointains, dernières amours, et laisse le personnage en proie à la magie du lieu : voici que les hommes préhistoriques d’une grotte perdue hantent le paysage, écho lointain des migrations nouvelles… Un petit groupe de réfugiés Syriens et Erythréens se dissimule dans les buissons, se glisse dans les résidences secondaires vides… galerie de portraits rapidement esquissés, troublants de vérité, en micro-récits de vies bouleversées par les guerres et les dictatures. En médaillon, les amants maudits, Shamaz et Orhan, renouvellent le mythe dans leur fuite désespérée. Les objets abandonnés sur le rivage deviennent énigmes à décrypter. Archéologie contemporaine du présent. En abyme, le projet de roman de Kévin, le neveu, qui vient pour retrouver les traces de sa famille, fait parler son vieil oncle, tente de discerner entre les mythes et les non-dits familiaux la trame du réel. Les policiers apportent par leurs questions, leurs recherches destinées à débusquer les réfugiés, une tension tragique qui fait fi des hallucinations préhistoriques du vieil homme, et le contraignent à faire partie d’un monde dont il souhaitait se retirer. Où se situe la déraison ? En une langue dense et poétique, le roman s’ancre dans le mouvement universel de l’histoire et plaide pour un humanisme dont on a perdu les clés.  

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2018

La Bicoque Sara Vidal
éditions Rive Neuve, collection Arpents 14 €

À venir :
8 novembre
présentation et discussion autour de La Bicoque avec Sara Vidal
librairie L’Attrape Mots, Marseille


Librairie L’Attrape-mots
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13006 Marseille
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