Vu par Zibeline

Impénétrable Château !

 - Zibeline

La lecture du Château (1922) de Kafka appelle le lecteur scrupuleux à vouloir interpréter les lignes énigmatiques qui défilent sous ses yeux, de chapitre en chapitre, jusqu’à l’inachèvement… Pour autant, le sens toujours lui échappe, au moment même où il croit pouvoir l’appréhender, et provoque en lui un sentiment de frustration. Comme pour K., héros/anti-héros, arpenteur/géomètre, manipulateur-manipulé, Le Château demeure inaccessible, se dérobe à notre entendement.

Tel était peut-être le but recherché par les créateurs du spectacle donné le 30 juin à St-Cannat-les-Prêcheurs dans le cadre du 7e festival Musiques Interdites ? De fait, on est resté perplexe ! L’œuvre en allemand de Kafka a été jugée «dégénérée» par les nazis, condamnée pour sa plume juive et son avant-gardisme. Ces raisons, suffisantes pour programmer cette «création mondiale» se heurtent au fait que la musique de Karol Beffa, flirtant volontiers avec le monde tonal, n’est en rien «interdite»… et nous laisse cependant «interdits» ! Son style est disparate, expose un patchwork alternant quelque romance cinématographique, des récurrences lancinantes, voire des répétitions littérales, des accents sarcastiques rappelant Chostakovitch, percussions pianistiques convoquant Bartok, jusqu’à une reprise intégrale (sans que cela soit précisé !) de ses Six danses populaires roumaines

Le Château  un «opéra de chambre» ? On a attendu vingt minutes avant d’entendre une voix chantée ! Au final, les rares interventions, en français incompréhensible, du trio vocal ne justifient guère le genre annoncé. Le spectacle s’apparente à un ballet, mêlant une pâte contemporaine, chorégraphie fluide, somme toute assez classique, à de la pantomime censée représenter des aspects narratifs, scènes et personnages de la fable, qu’un non familier de l’œuvre ne peut suivre. La troupe d’excellents danseurs, mimes et musiciens, conduite par Laurent Festas, s’est pourtant donné du mal (pour une unique représentation !), mais l’ensemble a manqué de cohérence… Les risques de la création ?

JACQUES FRESCHEL

juillet 2012