Vu par Zibeline

Pointu poilu, spectacle de la compagnie Mémoires vives sur la Grande Guerre

Immersion mémorielle

Pointu poilu, spectacle de la compagnie Mémoires vives sur la Grande Guerre - Zibeline

Comme le souligne l’historien Rémi Dalisson, « les commémorations deviennent mortelles si on ne les renouvelle pas ». Or ce vendredi après-midi, la petite salle du Théâtre de l’Œuvre, nichée au cœur  du quartier marseillais historique de Belsunce, bruissait de la belle vitalité des représentations destinées au public scolaire. En préambule, un Monsieur Loyal en queue de pie et haut de forme moquait « les vertus du bon vieux patriotisme », posant le contexte d’un début de siècle qui mena à la Grande Guerre : « 18 millions de morts après 22 ans de croissance, comment en est-on arrivés là ? ». L’éternelle lutte opposant les classes sociales est ici clairement posée : littéralement séquestré sur scène, le metteur en scène Yan Gilg campe le poilu, l’ouvrier, le paysan, tout en corps et en voix, force brute et ténacité. En avant-scène, Clément Amézieux joue l’aristocratie, l’état-major, l’élite orchestrant la bataille. C’est le jeune qui maîtrise la parole publique déversant le discours officiel, mais c’est bien de la bouche de son aîné que s’écoule un flow maîtrisé, dans les nombreuses séquences rappées qui émaillent la création. L’inventivité de la scénographie est saisissante, littéralement suffocante quand le bruit et la fureur des tranchées envahissent le plateau, les projections vidéo démultipliant la profondeur de champ. « Nous, les damnés de la terre, on va se sauver nous-mêmes » « hé bien pardi, devenez auto-entrepreneurs ! » ironise celui qui tente de dompter le « Poilus Erectus », enfermé sur scène comme dans un zoo humain. Les textes originaux s’enrichissent d’archives, poèmes de Poilus, lettres d’enfants suintant la propagande, ou encore du poignant plaidoyer de l’objecteur de conscience Louis Lecoin. Avec ses Cycles mémoriels, entre éducation populaire et cultures urbaines, la compagnie Mémoires vives tire son épingle du jeu. Du 21 au 30 novembre, elle en présentera le volet Femme(s) et Résistance(s) au Théâtre de l’Œuvre.
JULIE BORDENAVE
Novembre 2018

Pointu poilu s’est joué le 9 novembre au Théâtre de l’Œuvre, Marseille

Photo : Pointu Poilu © Kapta