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Vu par Zibeline

Retour sur Democracy in America, une histoire des USA, vue lors du Printemps des Comédiens à Montpellier

Images d’Amérique

Retour sur Democracy in America, une histoire des USA, vue lors du Printemps des Comédiens à Montpellier - Zibeline

La nouvelle pièce de Roméo Castellucci débute par une série de panneaux explicatifs sur ce qu’est la glossolalie. On apprend, dans un silence recueilli, que le mot recouvre « le fait de parler ou de prier à haute voix dans une langue ayant l’aspect d’une langue étrangère, inconnue de la personne qui parle ». Étymologie à l’appui. Les sous textes projetés sont au théâtre ce que parfois les voix-off sont au film documentaire. Didactique et souvent pontifiant. Lestés de cette définition, entrons dans la pièce.

Une nuée de jeunes femmes en tenue militaire d’apparat sautillent dans le bruit des énormes grelots qu’elles portent à la taille, bannières en main. Chorégraphie envoutante, où, lorsqu’elles s’arrêtent et ouvrent leur étendard, des mots apparaissent. Celui du titre d’abord : Democracy in America. Puis une série d’anagrammes, Cocaïne Army Medicare, Carcinome cream die… Combinaisons de corps et de mots. Castellucci s’inspire du texte de Tocqueville, dont il se défend d’en faire une retranscription : c’est bien en effet à une parabole de tout ce qui sous-tendrait notre monde actuel qu’invite la série de tableaux prélevés dans les images de notre subconscient historique (et religieux).

Pas de politique alors, semble-t-il revendiquer. Des visions, des moments oniriques et cauchemardesques, des mélanges chronologiques, des chants d’esclaves, des messes enregistrées dans une église pentecôtiste, des bêlements de moutons… Beaucoup de références au cinéma : les envolées de Terrence Malick dans The Tree of life ou même le début de 2001 l’Odyssée de l’espace (Kubrick). Dans ce flot visuel, deux personnages font du théâtre (texte co-écrit avec Claudia Castellucci).

Ils rejouent la misère des premiers colons en Nouvelle Angleterre. 1705 ; la récolte de pommes de terre est perdue, les enfants ont faim, la mère laisse monter sa révolte que le puritanisme réduit à une effrayante folie. La voilà qui éructe, bouche édentée, des mots d’indien, langue inconnue. Xénoglossie. Elle a vendu sa fille pour acheter de nouvelles semences. Deux indiens se découvrent de leur propre peau, entièrement, et la laissent pendre dans un bruit de mouches. Auto scalp saisissant, retournement de l’histoire contre ceux-là même qui ont perdu depuis longtemps déjà.

ANNA ZISMAN
Août 2017

Democracy in America a été jouée au Printemps des Comédiens du 15 au 17 juin à Montpellier

Photo : © Marie Clauzade