Maria Schrader réalise une fable douce-amère sur l'amour et ses programmes

I’m your manVu par Zibeline

Maria Schrader réalise une fable douce-amère sur l'amour et ses programmes - Zibeline

Se promener dans Berlin sans s’y rendre, c’est ce que nous ont permis quelques films de la sélection 2021. Ainsi, on a déambulé par écrans interposés avec les jeunes Coréens de Hong Sang-soo et avec Alma, l’héroïne allemande de I’m your man de Maria Schrader.

Une fable douce-amère sur l’amour, la solitude et la poésie mésopotamienne, inspirée d’une nouvelle d’Emma Braslavsky et portant le même titre que la célèbre chanson de Léonard Cohen.

Alma (Maren Eggert) est chercheuse dans le prestigieux musée Pergamon de Berlin. Avec son équipe, elle décrypte les écritures cunéiformes pour prouver que dans les textes les plus triviaux s’introduisent métaphores et poésie, que le langage des hommes, en somme, n’a jamais été strictement utilitaire. Pour obtenir des fonds, elle accepte de tester pour une grande Société, pendant trois semaines, Tom, un humanoïde qui a les yeux bleus, le joli corps de Dan Stevens et sait danser la rumba. Le lover parfait ! Célibataire résolue, cette femme indépendante, passionnée par son travail, a déjà un avis et une stratégie : mettre l’homme-objet au placard, continuer sa vie et le rendre sans s’en être servie. Mais la cohabitation avec la machine ne se passera pas comme prévue.

Si les réticences d’Alma face à la mécanique insistance de Tom génèrent des situations amusantes, la parfaite connaissance de ses désirs par l’humanoïde lui dévoile, comme par une psychanalyse accélérée, ses failles, ses échecs amoureux, son désir de maternité, et lui renvoie en plein cœur son amour d’enfance perdu -prénommé comme par un non-hasard, Thomas. Tom entre dans sa vie familiale, rencontre le vieux père au corps et à l’esprit défaillants. Alma se met en colère, se révolte, se révèle dans toute son humanité face à un robot qui ne se fâchera jamais et anticipe tous ses désirs ! Peut-on aimer sans s’aimer soi-même mais peut-on aimer seul ? L’amour est-il un leurre accepté ?

Her de Spike Jonze explorait déjà ce thème, côté masculin. Maria Schrader dont la série Unorthodox sur Netflix, a rencontré un succès mérité, poursuit ici une réflexion majeure sur les désirs des femmes, sur le mode mineur de la comédie romantique.

Maren Eggert qu’on avait appréciée dans I was at home but d’Angela Schanelec (Ours d’Or 2019) obtient, pour ce rôle complexe où elle est de tous les plans, le premier prix d’interprétation non genré de l’histoire des festivals.

ELISE PADOVANI
Mars 2021

Photo © Christine Fenzi