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Barocco au théâtre Nono : l’esthétique baroque réinventée n’a pas dit son dernier mot à Marseille

Illusions et vieilles dentelles

Barocco au théâtre Nono : l’esthétique baroque réinventée n’a pas dit son dernier mot à Marseille - Zibeline

C’est où la scène ? Y aura de la musique ? On entre par les loges ? On pourra sortir pendant ? Paroles saisies au vol, injonction technique piquante ou paniquante… la répétition publique du Barocco des Nono a fait le plein le 12 mars et le public fébrile, chaleureux, curieux n’a pas manqué de manifester sa satisfaction avant d’aller se restaurer ! « 10 jours de répétition, encore un an pour aboutir, 60% du spectacle mis en place » précise le metteur en scène Serge Noyelle et donc du travail en perspective pour faire bouger les horizons. Gros chantier (17 artistes, européens comme le baroque) ouvert par tranches successives car tout est fait maison, paroles, musique, costumes, jeux d’ombre et clair obscur ; on appelle ça création originale : rien à dire puisque la vie est un (men)songe et le théâtre un présent renouvelé.

Le projet est ambitieux et très spectaculaire : l’espace scénique tout en long, spectateurs de part et d’autre, musiciens à un bout et en face une mystérieuse figure du pouvoir déchu, homme (libertin ?) tantôt décharné tantôt en majesté, roi nu ou pape drapé dans sa cape pourpre vers qui tout converge, regards qui percent les brouillards bleus et processions lentes de danseurs-chanteurs somptueusement parés et maquillés (les costumes magnifiques foisonnent de blancs assemblés avec des matières disparates). C’est à un jugement dernier ou à une revue des troupes humaines que semblent nous convier les cortèges qui constituent l’essentiel de la chorégraphie tout en cercles ou en diagonales totalement maitrisés : une vieille femme en noir (Marion Coutris) va et vient doucement en lançant de terribles paroles pas toujours intelligibles ; on y entend la mort, le sexe, l’amour et quelques grandiloquences ; les parties chantées sont fluides et âpres à la fois comme la musique qui ne lâche pas où dominent accordéon et clarinette, où flottent des fragments d’airs connus ; après tout il y a du revenant là-aussi !

Le spectacle fait la démonstration que « notre monde remue sans bouger » et que l’esthétique baroque réinventée n’a pas dit son dernier mot.

MARIE JO DHO
Mars 2016

La répétition publique de Barocco a eu lieu au théâtre Nono, Marseille, le 12 mars

Photo : Barocco-c-Cordula-Treml


Théâtre Nono
35 Traverse de Carthage
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04 91 75 64 59
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