Au FIDMarseille, Dominique Auvray a présenté son 2e opus sur la réalisatrice-écrivain : Duras et le cinéma

Il suffit de voir, dit-elleVu par Zibeline

• 4 juillet 2014 •
Au FIDMarseille, Dominique Auvray a présenté son 2e opus sur la réalisatrice-écrivain : Duras et le cinéma - Zibeline

Marguerite Duras aurait eu 100 ans le 4 avril 2014. Sa voix lointaine et calme et grave qui s’est désormais tue, a ponctué les séances de cette 25e édition du FID. 14 de ses 18 films ont été projetés, et Dominique Auvray est venue présenter son 2e opus sur la réalisatrice-écrivain, intitulé tout simplement : Duras et le cinéma, suivi d’une table ronde sur le même thème. Dominique Auvray fut scripte et monteuse des plus grands films de Duras. Elle connaît sa Marguerite sur le bout des rushes et mêlant archives, lectures actuelles, citations, souvenirs, extraits de films, parvient avec brio à redonner vie à l’acte créatif de celle qui voulait filmer près du néant et faire voir à peine. De celle qui pensait que l’image arrête l’imaginaire, établit une relation impure avec le texte mais rêvait infiniment devant Delphine Seyrig en noir et blanc. Séquences drolatiques de la rencontre de sourds entre Duras et Melville après la bataille d’Hernani suscitée par Le camion (Cannes, 1977) dont Bruno Nuytten, directeur de la photo, raconte l’incroyable genèse. Un projet a minima : une femme banale ni jeune ni vieille, vêtue d’un manteau de fourrure monte dans un camion conduit par Gérard Depardieu. Le Berliet traverse le paysage. Pour tourner ce projet, il fallait démonter la porte du poids lourd, enchaîner une caméra à l’extérieur pour capter l’intérieur de la cabine. Le froid hivernal était insupportable tout comme l’étaient aux yeux de Marguerite ces chaînes retenant la caméra. Alors tout le monde est entré dans la maison et tout s’est dit de ce qui serait, autour d’une table du grenier de Neauphle-le-château, circulaire comme le volant du camion. Cinéma povera ou plutôt comme l’avait pressenti Blanchot commentant Détruire, dit-elle, mis en exergue de la table ronde, un art de l’intervalle, de l’inter-genre. Les réponses aux questions sur le rapport Écrire-Filmer, lancées par le modérateur Stéphane Bouquet, à Laure Adler, Jérôme Beaujour, Paul Otchakovsky-Laurens et Dominique Auvray, ont doublé ce qui s’était découvert dans le documentaire de cette dernière : l’essentielle trahison de toute adaptation d’un texte littéraire, le regard de Duras sur le cinéma des autres, sa façon de concevoir le sien et de passer d’un genre à un autre dans son art savant d’«accommoder les restes».
À Annaud qui voulait pour L’amant, le Mékong, la limousine, l’Indochine des années 30 reconstituée à grands frais, elle proposait de tourner dans une maison de Seine et Marne parce que «ce n’est pas la peine d’aller à Calcutta à Melbourne ou à Vancouver. Tout est dans les Yvelines. Tout est partout. Tout est à Trouville. Melbourne et Vancouver sont à Trouville. Ce n’est pas la peine d’aller chercher ce qu’il y a là sur place. Il y a toujours sur place des lieux qui cherchent des films. Il suffit de les voir.»
Si Duras a accepté les adaptations de ses romans, c’est, elle ne s’en cachait pas, qu’elles lui ont rapporté plus d’argent que ses livres. Si elle s’est mise à réaliser des films, c’est peut-être, entre autres, parce qu’elle se sentait trahie par ces adaptations mais c’est surtout parce que le cinéma se fait collectivement, fait sortir l’écrivain de sa chambre où la solitude lui a souvent été insupportable.

ELISE PADOVANI
Juillet 2014

La projection et la table ronde ont eu lieu le 4 juillet au MuCEM dans le cadre du FIDMarseille

Photo : Duras et Depardieu, photogramme du film le Camion © INA

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