Le dernier roman de Yan Lianke : Les quatre livres

Il faut imaginer Sisyphe heureux…

Le dernier roman de Yan Lianke : Les quatre livres - Zibeline

Il y a comme le ton d’une épopée, ou plutôt du mythe qui s’écrit, se découvre en se déroulant dans Les quatre livres, le dernier roman de Yan Lianke, publié à Hong Kong en 2010, car interdit en Chine où réside l’auteur. Étrangeté du personnage de l’Enfant, qui arrive dans ce camp de novéducation destiné aux intellectuels, et reste auprès d’eux, dans leurs travaux. Cet enfant venu du ciel qui est une sorte de petit Hitler au début de l’ouvrage prend des allures christiques à la fin. À l’instar des bons points et images avec son système de récompenses composées de fleurs de papier, il offre un chemin de rédemption qui mène à la liberté. La violence décrite est d’autant plus forte qu’elle prend les visages de la douceur : l’inquisiteur se désole des tortures qu’il inflige pour le bien… allures christiques du bourreau, autoflagellation des victimes… dans un jeu subtil de dépersonnalisation. Quatre voix, quatre écritures construisent ce roman, présentées comme des extraits d’ouvrages, L’Enfant du ciel, aux allures bibliques, Le Vieux lit, autobiographie de l’Écrivain, Des criminels, le récit de délation qu’il doit écrire aux autorités, et Les Manuscrits, essai inachevé de l’Érudit, dans lesquels Le Mythe de Sisyphe de Camus est réinterprété. Par le double jeu de la parabole et du réalisme, Yan Lianke évoque les sombres années de la Révolution culturelle en Chine, les aberrations des enjeux imposés aux paysans, jusqu’à celui de faire produire de l’acier par toutes les familles, la déforestation liée à cette activité, la famine (plus de 36 millions de morts). Un roman superbe nourri d’histoire et d’une réflexion forte sur le monde et la folie des hommes.

MARYVONNE COLOMBANI

Novembre 2012

 

Yan Lianke était accueilli cette année à la fête du livre d’Aix.

 

Les quatre livres

Yan Lianke

Philippe Picquier, 20,80 €