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Les Rencontres Musicales de Haute-Provence déclinent leurs soirées en forme de contes sonores jusqu'au 30 juillet !

Il était une fois… à Forcalquier !

• 28 juillet 2016 •
Les Rencontres Musicales de Haute-Provence déclinent leurs soirées en forme de contes sonores jusqu'au 30 juillet ! - Zibeline

Le 28 juillet, les festivaliers, fidèles aux Rencontres Musicales de Haute-Provence, rejoignaient le vaste Cloître des Cordeliers, dans l’ancien couvent de Forcalquier permettant d’accueillir, à la belle étoile, un public plus important qu’au Prieuré du Salagon à Mane (voir www.journalzibeline.fr/critique/si-la-musique-metait-contee). Le programme éclectique, faisant appel à une douzaine d’interprètes, a débuté par un opus pour piano de Karol Szymanowski : une œuvre ouvrant sur tous les possibles ! En effet, les Trois poèmes op.29 intitulés Métopes oscillent entre une écriture atonale, des frémissements debussystes, héritages romantique ou populaire, un climat narratif… La partition, sous les doigts infaillibles de Tamara Stefanovich, a figuré, en quelque sorte, le « Il était une fois » initial des « Contes » , thème choisi comme fil rouge transversal pour tous les concerts de la manifestation estivale.

La voix de Salomé Haller et la flûte de Sophie Cherrier ont ensuite été à l’honneur avec des pièces avec accompagnement de piano (Frédéric Lagarde) d’André Caplet sur des vers de Victor Hugo « Viens ! Une flûte invisible… » ou la célèbre Flûte enchantée tirée de Shéhérazade de Ravel. Leur duo s’est conclu avec une page du Marteau sans maître de Boulez (poème de René Char) écrit en prolongement du Pierrot lunaire de Schönberg (voir www.journalzibeline.fr/critique/lumineux-pierrot). On est ainsi passé, dans ce trio d’opus, d’arpèges doux, berceurs, et d’un tableau sonore mâtiné d’harmonies pastels, à un langage radical se remémorant l’expression tranchante de l’École de Vienne.

Sous les éclairages travaillés zébrant les façades du cloître, la nuit a pris le pas sur le jour et le programme des tournures plus classiques. A la clarinette, Chen Halevi secondé par la précieuse cheville ouvrière et pianistique du festival Frédéric Lagarde, a séduit dans les Fantasiestücke de Schumann, déployant une sonorité suave, un jeu souple, tout en retenue et une longueur de souffle impressionnante. Après la pause on a suivi les méandres mémoriels de Tchaïkovski dans son somptueux sextuor titré Souvenir de Florence : une musique empreinte d’une grande sérénité, hymne à la vie, coloré, à l’évidence mélodique confondante. A six voix, jonglant avec virtuosité de chants et contre-chants filant du premier violon souverain (Lisa Immer) au second (Romane Queyras), aux altos (Nicolas Dautricourt & Sebastian Wohlfarth) et violoncelles (Véronique Marin & Gesine Queyras), les artistes ont enthousiasmé le public. On a voyagé en leur compagnie de la Toscane ensoleillée, bel canto matiné de pizzicato de guitare, vers des rêves nostalgiques et plus cendrés de la Russie natale… Superbe !

JACQUES FRESCHEL

Juillet 2016

FORCALQUIER. Rencontres Musicales de Haute Provence.

Ultimes « Contes » persan, classique et jazz, en famille avec les Queyras, Chemrani et Raphaël Imbert, le 30 juillet.

www.rmhp.fr

Photo Marie-Anne Baillon