Clôture en beauté du Festival international de musique de chambre de Provence

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Clôture  en beauté du Festival international de musique de chambre de Provence  - Zibeline

Le 8 août a scellé la fin du Festival international de musique de chambre de Provence pour cette vingt-huitième édition, et rendez-vous est déjà pris pour l’an prochain. Gageure, miracle de la volonté des artistes, des structures, des bénévoles, d’une équipe à l’inépuisable optimisme, malgré toutes les contraintes, les hésitations, les interrogations, les doutes, les imprécisions liées à l’évolution de la pandémie, cette manifestation marquante de l’été a réussi son pari d’être. La Présidente du festival, Émilie Delorme, (qui après un beau septennat quitte cette fonction), insistait lors de sa présentation du dernier concert, « ce festival c’est toujours un miracle et cette année particulièrement », avant de présenter le nouveau président Jean-Luc Bonnet, qui a occupé les fonctions de directeur des affaires culturelles de la ville d’Aubagne et directeur du Conservatoire de cette même ville.

En Revue Finale, les trois fondateurs du festival, le pianiste Éric Le Sage, le flûtiste Emmanuel Pahud et le clarinettiste Paul Meyer, s’étaient entourés de leurs comparses « historiques », Natalia Lomeiko, Daishin Kashimoto (violons), Yuri Zhislin, Joaquin Riquelme García (altos), Claudio Bohόrquez (violoncelle), Gilbert Audin (basson), David Guerrier (trompette et cor) et du Quatuor Mona. En ouverture, la pochade de Bohuslav Martinů, La Revue de cuisine (aussi dénommée par son auteur La Tentation de la sainte Marmite), originellement conçue comme un ballet, rappelait l’esprit potache et convivial du festival. On se délectait de la visible jubilation des musiciens dans les traits humoristiques de cette partition imagée où une marmite et un couvercle sont en prise avec d’autres ustensiles de cuisine. Le balai cherche à séduire le couvercle avec le torchon à vaisselle, s’ensuivent d’espiègles épisodes où sont convoqués les rythmes du jazz, du tango, du charleston, qui dessinent les personnages, vifs ou un peu lourds, dans un sextet enlevé. La Sérénade opus 65 d’Heinrich Karl Johann Hofmann renvoyait à la musique de salon, avec son goût pour les mélodies délicates, ses mouvements lyriques, mais n’oubliait pas l’humour, la flûte prenant à parti le public hilare en un retournement facétieux. Pour cette pièce le piano d’Éric Le Sage laissait la place à la violoniste Maja Avramovic. Le charme de l’interprétation se pare d’accents hongrois, offre de délicieuses cadences, des passages mutins, en une conversation spirituelle et animée. Après avoir remplacé la corde de l’alto (« Joaquim a cassé une corde, vient expliquer Paul Meyer, il va y avoir un petit retard pour le morceau suivant ! »), une autre Sérénade, la n° 1 en la mineur de Bohuslav Martinů, privée de la flûte, voyait l’adjonction d’instruments à vent, cor, clarinette, d’un troisième violon pour un retour aux musiques populaires tchèques en un enthousiasme communicatif. Le Quatuor en fa majeur de Maurice Ravel, celui-là même qui rythme le film de Claude Sautet, Un cœur en hiver, apporte ensuite, son calme raffinement, ses pizzicati+ colorés, ses variations de tempo, sa souplesse cyclique, ses élans virtuoses, ses joies, ses alanguissements, servis avec subtilité par le Quatuor Mona (Verena Chen, Roxana Tastegar, violons, Arianna Smith, alto, Elia Cohen Weissert, violoncelle). Les rejoindront pour clore la soirée les violons de Natalia Lomeiko, Yuri Zhislin, l’alto de Joaquin Riquelme García  et le violoncelle de Claudio Bohόrquez dans le sublime Octuor à cordes opus 20 de Felix Mendelssohn dont Schumann (citons une dernière fois la remarquable feuille de salle !) disait « ni dans les temps anciens, ni de nos jours on ne trouve une perfection plus grande chez un maître aussi jeune ». Les huit voix de l’ensemble restent chacune avec leur personnalité propre jusque dans les unissons, et conjuguent leurs lignes mélodiques avec intelligence, des graves maîtrisés aux aigus les plus purs. La rêverie mêle ses notes aériennes aux envolées à la vivacité fulgurante, on se laisse porter dans ces vagues harmoniques avec délectation.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2020

Concert donné le 8 août dans la cour du château de l’Empéri, Salon, dans le cadre du Festival international de musique de chambre de Provence.

Photographie ©Jael Travere