Vu par Zibeline

La première partie des rencontres Films Femmes Méditerranée s'est achevée avec un premier film très réussi.

Identification d’une femme

• 13 octobre 2015 •
La première partie des rencontres Films Femmes Méditerranée s'est achevée avec un premier film très réussi. - Zibeline

Mardi 13 oct le cinéma Le Prado accueillait la soirée de clôture des Rencontres Films Femmes Méditerranée. Clôture de leur première partie puisque les Rencontres se poursuivaient le lendemain à l’Alhambra, le 18 oct au Mucem et jusqu’au 25 oct, hors les murs.

Soirée en trois temps devant un public nombreux. Polyphonies joyeuses du groupe ANTEQUIEM, Philippe Franceschi menant au doigt et à la flûte un essaim de choristes perruqués et enchemisés. Discours de Marité Nadal pour remercier tous ceux et toutes celles qui contribuent à la réussite de cette manifestation, suivi de l’annonce du palmarès de la compétition des courts (ici). Puis projection du premier long métrage de Laura Bispuri Vierge sous serment, en présence de la réalisatrice et d’une de ses comédiennes Flonja Kodheli.

Peu dans la salle connaissaient sans doute la loi du Kanun, coutume archaïque des Balkans qui permet à certaines femmes de fumer, chasser, garder les troupeaux, boire de l’alcool, comme les hommes, à condition de renoncer par serment au sexe, à l’amour, à la maternité. Adaptation libre du roman de la journaliste albanaise Elvira Dones, Vergine giurata, le film de Laura Bispuri, à partir d’éléments documentaires – tournage en Albanie en collaboration avec la population locale- se veut  «une exploration de la féminité dans ses milliers de couches et formes contradictoires, l’histoire d’une identité divisée.»

Hana orpheline a été recueillie par Arkan. Elle devient la sœur adoptive de Lila, dort dans sa chaleur, court avec elle sur les chemins, cheveux longs au vent. Un peu trop libre d’esprit pour ce village d’Albanie où les femmes passent de la loi des pères à celles de maris qu’elles n’ont pas choisis, travaillent dur et meurent autour de la soixantaine. Lila décide de fuir ce destin avec le garçon qu’elle aime. Hana de rester, de devenir Mark pour vivre comme un homme. Après 14 ans de séparation et la mort des parents, Hana/Mark quitte L’Albanie pour retrouver Lila à Milan. Deux choix, deux mondes, deux époques juxtaposées à l’écran par des flashbacks qui reconstituent le parcours des deux sœurs.

La réalisatrice suit avec délicatesse le voyage dans l’espace qui déplace Mark, des âpres montagnes albanaises à la grande ville italienne comme le voyage intime qui l’a mené d’Hana à Mark et le conduit irrévocablement de Mark à Hana. La recherche d’identité dans un dédoublement qui est aussi déchirement, est admirablement incarnée par l’actrice Alba Rohrwacher dans ses habits masculins, la poitrine bandée et rentrée, le buste maigre, légèrement voûté, les yeux perdus, fuyants , et dont le visage progressivement s’adoucit, s’éclaire. La métamorphose s’opère sans beaucoup de discours, par le corps lui-même, l’irritation d’une peau qui ne supporte plus le bandage, l’ajustement difficile d’un soutien-gorge. Par la découverte aussi de celui, dénudé des autres, à la piscine où la fille de Lila pratique la natation synchronisée.

Neige, torrents, mer, piscine, baignoire : l’eau gelée, tumultueuse, domestiquée, obstacle ou plaisir, accompagne Hana dans son parcours. Vénus ne naît-elle pas toujours des flots ?

«Ce que tu ne ne veux pas voir, tu le fuis; moi je le regarde en face» dit Hana / Mark à Lila et cette dernière lui rétorque qu’on peut regarder en face sans rien voir. Hana a cru choisir la liberté en restant dans un pays qu’elle aimait auprès de gens qu’elle aimait, mais peut-on être libre en renonçant à être soi-même ?

ELISE PADOVANI

Octobre 2015

photo:  (C) Bord cadre


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