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Le tandem Kervern-Delépine chez l'Abbé Pierre

I Feel Good

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Le tandem Kervern-Delépine chez l'Abbé Pierre - Zibeline

I Feel Good : c’est un titre de James Brown et celui du dernier film de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Pas des frères comme les Dardenne, non, mais des complices qui sont sur la même longueur d’ondes. Le partage des mêmes idées humanistes, la même causticité, la même tendresse pour les défendre. Des années de collaboration grolandaise et la réalisation commune de 8 longs métrages commencent à faire une « œuvre » avec ses permanences, ses variations, son évolution. I feel good est une fable satirique sur notre époque.

Dès le début du film, en gros plans, les objets de consommation envahissent l’écran : accumulation, entassement, engorgement. Nous sommes chez les Compagnons d’Emmaüs, près de Pau. Et on trie les arrivages. En parallèle, un homme en peignoir et mules de thalasso, marche seul sur la route. Lui, c’est Jacques (Jean Dujardin), un loser, parasite, mythomane, odieux et pathétique qui se rêve en Bill Gates, Bernard Tapie, ou Donald Trump. Il a vécu aux crochets de ses parents jusqu’à 40 ans, attendant d’avoir l’idée de génie qui le rendrait riche, avant qu’ils ne le virent. Il n’est plus revenu même pour leur enterrement, n’a plus donné signe de vie à sa sœur Monique (impériale Yolande Moreau) qui dirige cette communauté où il débarque sans un rond mais sans avoir renoncé à son projet extravagant de rentrer dans le CAC 40. Monique a conservé les valeurs de ses parents communistes en suivant tout modestement leurs principes de fraternité. Jacques prône un individualisme forcené, fondé sur l’exploitation du plus faible. Deux visions de la vie antagonistes. Rencontre improbable de la machine à coudre et du parapluie dans une salle d’opération qui va générer force gags «  que lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer ».

I Feel Good décrit l’expérience d’une utopie qui marche -mieux que la République ! Recyclage, proximité, circuits courts : l’Abbé Pierre est précurseur ! Le lieu coloré ( le vrai Village Emmaüs de Lescar Pau) qui accueille les échoués du système et les surplus de la société marchande est beau, vivant, créatif. Opposé à la façade de la villa nouveau riche de l’ami de Jacques qui « a réussi », où la caméra ne rentre pas et dont la piscine filmée d’abord comme olympique ne permet que deux brasses de longueur. Nul besoin du relooking par la chirurgie esthétique low cost proposée par les ex-pays de l’Est pour se sentir bien, pour être beau. Dans un road movie loufoque, Jacques essaiera en vain d’entraîner les frères et sœurs, les gros, les vieux, les maigres, les écorchés, les fêlés vers ce rêve préfabriqué qui se retournera ironiquement contre lui par une jolie pirouette scénaristique.

Plus d’espoir du Grand Soir mais la réalité de chouettes soirées à boire, manger, regarder les étoiles ensemble. « L’argent ne fait pas le bonheur » et « La beauté est intérieure » : ce pourrait être un peu simpliste comme enseignements. Mais les réalisateurs se gardent bien de donner des leçons. Proposer une morale, certes, mais pas de leçon de morale. Si leur fable n’a ni la concision ni la noirceur de celles de La Fontaine et pêche parfois par là, elle réserve de jolies surprises à ne pas bouder.

ELISE PADOVANI
Septembre 2018

Le film était proposé en avant-première au Cinéma Le Renoir d’Aix-en-Provence

Sortie nationale : 26 septembre 2018

Photo : Copyright Ad Vitam


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