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Vu par Zibeline

Hymne à la voix

 - Zibeline

La plus jeune des trois sœurs cisterciennes de Provence offre avec ses voûtes romanes et gothiques un cadre somptueux aux manifestations musicales. Certes, l’acoustique des lieux est difficile, mais la finesse y est sublimée. Grâce au tout nouveau festival Les voix de Silvacane, la démonstration est faite, Silvacane tresse des harmoniques d’or aux voix des chanteurs. Le propos du nouveau festival est original : sa gageure réside dans le rapprochement délicat de musiques traditionnelles et savantes d’époques et de lieux géographiques éloignés, mais surtout dans le choix de l’ornementation et de l’improvisation.

La soirée d’ouverture unissait dans une première partie les chants du Moyen Âge, interprétés par Dominique Vellard, dont la voix de ténor ressuscite avec bonheur une culture musicale «archaïque» du Moyen Âge européen tandis que le sarod de Ken Zuckerman, instrument à cordes d’une complexité folle, s’accorde sur les mêmes modes (ré, fa, do, mi) et mêle les Râgas traditionnels de l’Inde du Nord et des improvisations à un répertoire qui se glisse du conductus du XIIe à la lamentation traditionnelle espagnole de l’Estremadura, au chant grégorien, la ballade de Jehan de Lescurel (XIVe) ou une antienne de Hildegard von Bingen (XIIe). Puis les Leçons de Ténèbres de Michel Lambert, étoffées d’extraits de Marin Marais et de Pierre Ballard, qui accompagnaient les Mâtines des trois jours précédant Pâques, unissaient les ornementations raffinées des mélismes à l’austérité du thème religieux des Lamentations de Jérémie. Monique Zanetti sut rendre avec justesse et expressivité la teneur de ces monodies acrobatiques, accompagnée avec une belle élégance par l’ensemble A 2 violes égales (Jonathan Dunford et Sylvia Abramowicz) renforcé par le théorbe de Claire Antonini et l’orgue de Dominique Serve. Les bougies du rituel sont éteintes une à une… Recueillement.

Enfin, entre deux plateaux de pétales de roses, l’extraordinaire chanteuse Sudha Ragunathan évoque les grandes divinités de l’Inde, Krishna, Vishnu, Brahma, Shiva, Parvati… à travers des chants carnatiques de l’Inde du Sud. Sacré et musique encore, dans un jeu subtil de compositions et d’improvisations. La chanteuse, avec des modulations et des transitions acrobatiques, donne aux deux musiciens (violon et Percussion, mridangam et tanpura) qui l’accompagnent les thèmes et les rythmes qu’ils reprennent et développent. Le chant est une danse, un récit vivant qui s’anime, doute, connaît des ellipses, des replis, des bonds, c’est la mémoire de l’Inde qui sans cesse se remodèle, comme la danse cosmique de Shiva, variations de rythmes, de hauteurs, répétitions incantatoires… La main droite de la chanteuse donne le tempo, la gauche raconte… Complicité, un bonheur du chant qui irradie. «I’m in Heaven» dit-elle, nous aussi. Magique !

MARYVONNE COLOMBANI

Juillet 2012

 

Ce concert a eu lieu le 22 juin à l’Abbaye de Silvacane


Abbaye de Silvacane
Route Départementale 561
13640 La Roque-d’Anthéron
04 42 50 41 69
http://www.abbaye-silvacane.com/