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Valentine Schlegel et Anne-Lise Coste, artistes sans frontières, jusqu’au 29 septembre au Crac de Sète

Hors cadre

• 22 juin 2019⇒29 septembre 2019 •
Valentine Schlegel et Anne-Lise Coste, artistes sans frontières, jusqu’au 29 septembre au Crac de Sète - Zibeline

Après la magistrale exposition Laura Lamiel du printemps dernier, Marie Cozette, directrice du Centre régional d’art contemporain, présente deux autres femmes artistes. La première, sétoise née en 1925, s’est nourrie toute sa vie des influences de sa ville portuaire, autant ses paysages que, presque telle une ethnologue, ses coutumes et pratiques. C’est Hélène Bertin, elle-même plasticienne, qui a conçu l’exposition du travail de Valentine Schlegel. Depuis six ans, cette jeune artiste s’intéresse à valoriser l’œuvre de celle qui l’a beaucoup influencée, dans sa façon d’intégrer des objets et matériaux vernaculaires à ses créations, et son rapport au travail communautaire (en famille, en métier, en amitié), qu’elle pratique dans son propre atelier à Cucuron. Son aînée expliquait quant à elle (en 1975) avoir « découvert le travail collectif, l’exaltation qu’il procure » lors des prémisses du Festival d’Avignon, où son beau-frère Jean Vilar l’avait invitée à assister Léon Gischia pour la réalisation des costumes : déployés très en hauteur, sur des cintres fabriqués sur mesure, les parures des personnages de Œdipe (1949) et Henri IV (1950) habitent la première salle du Crac. Tandis que souvent l’exposition de costumes procure une impression plutôt morbide, l’idée de les présenter comme des tableaux (des œuvres et non des objets ayant perdu leur vocation d’habiller un corps, un héros) un peu inaccessibles (comme l’étaient les comédiens mal éclairés dans l’immense Cour d’honneur) donne le ton de l’ensemble, hommage très inventif à l’approche artistique décloisonnée de Valentine Schlegel. La série de maquettes en plâtre, répliques miniatures des cheminées que la plasticienne a réalisées pour des particuliers (1969-1989) distille aussi une présence atemporelle, entre fantomatique (les créations sont entièrement blanches, ondulantes comme des voiles) et familière (maisons de poupées). « Ce que je fais, ce sont de grandes voiles, des gonflements de vent. Je recrée ce qui m’a créée. » (Schlegel, 1980). L’entrelacement entre les sensibilités des deux artistes, l’exposée et la curatrice, est encore plus fructueux dans la salle des céramiques (des vases sculptures, inspirés de ceux peints par Braque) disposées sur un tapis de roseaux tressés de Camargue, et des couteaux (offerts par les amis de la sétoise), agencés au mur dans un mouvement qui rappelle un banc de poissons. L’art populaire présenté sur un piédestal. Tout un art.

À fleur de peau

Marie Cozette a réservé un magnifique espace à Anne-Lise Coste (née à Marignane en 1973) pour une création in situ (êêê) à l’aérographe. Mots mêlées, écriture ronde tout en boucles enfantines, couleurs acidulées, messages, l’œuvre se développe sur plus de dix mètres directement sur le mur blanc, fait des vagues vers le plafond, se densifie, s’éclaircit. La démarche de l’artiste, qui partage certains des codes de l’art urbain, décontextualise habilement les références. Elle « cherche à faire entrer l’esthétique de la rue dans l’atelier », explique-t-elle, et c’est dans ce même mouvement qu’elle laisse son instinct la guider, à la source d’une production très à fleur de peau, décomplexée, où l’engagement physique (le geste) et l’intimité tiennent une grande part. La pièce suivante, aux murs entièrement recouverts (tels un puzzle) d’œuvres récentes, témoigne de la variété de ses techniques et inspirations, dans une proposition très foisonnante (64 toiles), où les titres participent pleinement de l’œuvre : Jolie chatte dans un pré, I love sex, Migrants sous l’eau… Apaisement apparent ensuite, avec ses branches de mûriers posées sur des toiles tracées d’un trait de peinture avec le doigt. C’est minimal et très chargé, comme si tous les discours précédents s’étaient silencieusement réfugiés dans la magie de l’installation.

ANNA ZISMAN
Juillet 2019

Tu m’accompagneras à la plage ?Valentine Schlegel
La vie en roseAnne-Lise Coste
jusqu’au 29 septembre
Centre régional d’art contemporain, Sète
04 67 74 94 37 crac.laregion.fr

Photo : Anne Lise Coste, Salle N°2 – Mur D 16 huiles, aérographe, pastels sur toiles – Photographe Marc Domage


Centre Régional d’Art Contemporain
27 Quai Aspirant Herber
34200 Sète
04 67 74 94 37
crac.languedocroussillon.fr