Poussières noires, hommage littéraire de Catherine Gucher au peuple Navajo, chez Le mot et le reste

Hokee, Fille du vent, JuneLu par Zibeline

Poussières noires, hommage littéraire de Catherine Gucher au peuple Navajo, chez Le mot et le reste - Zibeline

Tels sont les noms successifs de la narratrice du très beau Poussières noires de Catherine Gucher. D’abord Hokee, l’abandonnée en langue Navajo, comme le sont tous les enfants nés du viol de leur mère indienne par un Blanc. Condamnée à vivre aux lisières du Clan de l’Homme qui marche, observant du haut d’un piton éloigné les rites et la vie de sa famille, elle ne sera réintégrée au groupe, sous le nom de Fille du vent, que des années plus tard. Plus tard encore, elle deviendra June… sans perdre pour autant son identité première, gardant en elle « la force des vents, de l’orage, et du désert ». Et l’esprit des ancêtres. Trouvant au fil des épreuves une « voie de Réparation » pour son peuple humilié. Car ce que raconte le récit, sombre, tendu, ce n’est pas seulement la vie difficile et l’évolution de la narratrice, c’est aussi l’histoire de tout un peuple, son peuple, dont elle porte la mémoire. Un peuple chassé de ses terres ancestrales par les appétits de la Black Soul Coal Company, avec la complicité des gens du BIA (Bureau des Affaires Indiennes). Le titre du roman vient de là, de ces poussières noires qui polluent les rivières et rendent la terre stérile. Le clan de Fille du vent sera ainsi contraint à l’exil ; il quittera Black Mesa pour Moab, une ville en pleine expansion non loin de la rivière Colorado. Sans savoir que là, malgré des débuts prometteurs, ce sera encore pire : après le charbon, l’uranium.

Le roman, inspiré des récits de Tony Hillerman (pour les paysages, les lieux et les rituels navajos), est celui d’une indignée qui, par le biais d’une fiction prenante, entend porter au grand jour certains des scandales qui ont privé les peuples autochtones de l’Ouest américain de leurs territoires sacrés et condamner sans ambages tous ceux qui les ont sciemment décimés, les faisant travailler dans des conditions innommables, les exposant aux risques radioactifs les plus évidents, les abrutissant d’alcool. Catherine Gucher n’est ni Américaine, ni Navajo (elle vit, écrit et enseigne en France). Mais les humiliations et le racisme, cela la concerne. Comme la concerne l’espoir de voir les droits des peuples premiers d’Amérique vraiment reconnus, grâce aux actions menées par une nouvelle génération, instruite et déterminée.

Un récit peuplé de personnages touchants, au sein d’une nature somptueuse, trop souvent violentée. Et un vibrant plaidoyer en faveur du noble peuple Navajo.

FRED ROBERT
Février 2022

Poussières noires
Catherine Gucher
Éditions Le mot et le reste, 21 €