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Retour sur la rencontre avec le photographe Bruno Boudjelal à la librairie marseillaise l'Histoire de l'oeil

HO, les belles rencontres

• 20 novembre 2015 •
Retour sur la rencontre avec le photographe Bruno Boudjelal à la librairie marseillaise l'Histoire de l'oeil - Zibeline

Dès son ouverture en 2005, l’Histoire de l’œil a accoutumé le public à des rencontres, performances, lectures et expositions de qualité, dans une atmosphère à la fois très professionnelle et très conviviale. Et depuis septembre, c’est un véritable feu d’artifice rue Fontange. Didier Castino, Javier Cercas, Iain Levison, pour ne citer qu’eux, y ont tour à tour fait salle comble. Une jolie manière de célébrer les dix ans de cette librairie indépendante, véritable lieu d’échange culturel, où les clients deviennent vite des habitués, des amis.
Vendredi 20 novembre. Cerise sur le gâteau (d’anniversaire) : le photographe franco-algérien Bruno Boudjelal vient présenter son ouvrage Algérie, clos comme on ferme un livre ? En guise d’introduction, Nadia Champesme, la libraire, évoque les trois raisons qui la rendent particulièrement heureuse de cette rencontre. La première est que ce superbe livre de photographies vient de recevoir le prestigieux prix Nadar (Nadar qui avait, est-il nécessaire de le rappeler, son studio sur la Canebière) ; la seconde, que ce prix est décerné à un livre édité par Le bec en l’air, une maison d’édition marseillaise ; la troisième, que l’éditeur est une éditrice, Fabienne Pavia, dont le remarquable travail se trouve ici couronné. L’ouvrage, de fait, est de toute beauté. La couverture, aux reflets bleu noir et argent, est en soi un petit prodige technique. Quant au contenu, il retrace -en quatre parties bien distinctes formellement, auxquelles s’ajoutent deux textes du critique François Cheval- plus de vingt ans de voyages et de travail photographique en Algérie. Fabienne Pavia le présente d’ailleurs comme «une sorte de road movie», «un état des lieux de l’Algérie contemporaine». Bruno Boudjelal assure être devenu photographe en 1993, lorsqu’il est parti pour la première fois au pays de son père y retrouver sa famille, qu’il ne connaissait pas du tout, armé d’un seul appareil photo en plastique format jouet et de quelques pellicules noir et blanc. Il aurait pu choisir meilleur moment pour découvrir l’Algérie. Dans les années 90, là-bas, c’est le chaos. D’où la nécessité d’être toujours en mouvement («seul moyen à cette époque de ne pas avoir d’embrouilles», explique-t-il), de prendre les clichés à la volée. Cette photographie particulière, née de l’urgence et de l’accident, qui joue sur le flou, le décadrage, voire la disparition du sujet, deviendra sa marque de fabrique. Vingt ans plus tard, tous ces allers et retours, Boudjelal les voit comme «autant de détours pour mieux [s’]en retourner». Son travail sur les lieux de la famille, les harragas, les traces de Frantz Fanon, les navires qui assurent la liaison Alger-Marseille, c’est ce qui l’a aidé, affirme-t-il, «à [s]e tenir droit ici». Une rencontre passionnante, avec un artiste et une éditrice dont on sent la complicité, élément sans doute essentiel à la réussite d’un projet aussi ambitieux, tant au plan technique qu’esthétique.
Le lendemain, c’est jour de fête à l’Histoire de l’œil : ateliers créatifs pour les enfants, brunch littéraire avec les fidèles de la librairie (et certains collègues voisins), venus lire des extraits de leur choix (un choix très éclectique et plus que motivant), fabrication de sacs sérigraphiés, théâtre d’objets (une hilarante parodie de western par la Cie Rosette), performance poétique et musicale… Du matin au soir, beaucoup de monde, de mots, de rires et de musique. Un bel anniversaire vraiment. Et un pied de nez à tous ceux qui voudraient que ces moments-là, de partage et de culture pour tous, ne soient plus.

FRED ROBERT
Novembre 2015

La rencontre avec Bruno Boudjelal et Fabienne Pavia, autour de l’ouvrage Algérie, clos comme on ferme un livre ? (éditions Le bec en l’air, 42 euros)  a eu lieu à l’Histoire de l’œil (Marseille) le 20 novembre, dans le cadre des 10 ans de la librairie