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Le Quatuor Modigliani en avant-première du Festival International de Musique de Chambre de Provence

Histoires de cordes

Le Quatuor Modigliani en avant-première du Festival International de Musique de Chambre de Provence - Zibeline

En avant-goût de la 26ème édition du Festival International de Musique de Chambre de Provence, le théâtre Armand recevait l’un des fleurons de la musique chambriste, le Quatuor Modigliani (formé en 2003), auquel se joignait le moult fois primé pianiste Éric Le Sage (cocorico, né à Aix-en-Provence). On se laissait ainsi séduire par le jeu élégant et subtil, le parfait équilibre sonore, la qualité délicate des phrasés de chaque instrument, dont la feuille de salle rappelait l’origine, violon de Guadagnini de 1773 pour Amaury Coeytaux, violon d’Alessandro Gagliano (1734) entre les mains de Loic Rio, alto de Mariani (1660) entre celles de Laurent Marfaing et violoncelle de Matteo Goffriller  (« ex-Warburg » de 1706) joué par François Kieffer. Une pièce de jeunesse d’Anton Webern, précédant sa période dodécaphonique, empreinte de toute la sensibilité du postromantisme, Langsamer satz, ouvrait le concert : dès la première attaque de l’archet sur les cordes, la magie opérait… On suivait les concertistes sur les chemins détournés qu’ils avaient choisis, renonçant au Schumann annoncé, pour une autre œuvre de jeunesse, d’un autre compositeur, Rachmaninov, un Scherzo empli d’allant et d’espièglerie. La déclinaison du Scherzo se poursuivait avec celui de Korngold, allègre et narratif. La fraîcheur de l’interprétation, l’évidente complicité, savaient rendre toute la finesse primesautière de ces pièces. Cette intelligence des œuvres permettait à l’ensemble augmenté du piano d’aborder avec la même clarté de plus amples ouvrages. Le Quintette pour piano et cordes op. 81 de Dvořák, avec ses ruptures de rythme, ses phrases rêveuses, la brillance de ses élans. À la richesse de la composition tchèque, répondait l’un des sommets de la mélodie française, l’intense et douloureux Quintette pour piano et cordes op. 42 de Louis Vierne. La pure sobriété, le lyrisme bouleversant, l’expression passionnée de l’œuvre prennent une dimension tragique à la lecture de l’inscription en tête de la partition « En Ex-Voto, à la mémoire de mon cher fils Jacques, mort pour la France à 17 ans »… plus que les mots, la musique…

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2018

Vu le 29 mars, Théâtre Armand, Salon

Festival International de Musique de Chambre du 25 juillet au 8 août.

Photographie : Quatuor Modigliani et Éric Le Sage, théâtre Armand, Salon © X-D.R


Théâtre Armand
67 boulevard Nostradamus
13300 Salon-de-Provence
04 90 56 02 30
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