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Se confronter à l'abstraction, au MRAC à Sérignan

Histoires d’abstractions

• 6 novembre 2016⇒19 février 2017 •
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Se confronter à l'abstraction, au MRAC à Sérignan - Zibeline

Raconter une histoire avec de l’abstraction. Dire quelque chose qui nous emmène au fil d’un récit, à travers des formes qui au premier abord ne disent rien d’autre que ce qu’elles nous montrent : des lignes, des couleurs, des matières qu’on ne peut toucher. Et surtout, rien de figuratif ; rien qui puisse nous donner des pistes qu’on pourrait s’approprier spontanément.

C’est un parcours difficile qui est proposé au visiteur de la nouvelle exposition du MRAC à Sérignan, titrée Flatland / Abstractions narratives #1 (le deuxième volet sera proposé au Mudam Luxembourg, en octobre 2017).

Les deux jeunes commissaires invitées, Sarah Ihler-Meyer et Marianne Derrien, diplômées du Master II Sciences et Techniques de l’Exposition de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, démontrent ici le rôle prééminent, voire peut-être surplombant, de ces orchestrateurs d’art.

Le texte de la feuille de salle démontre, de façon très limpide et forte, la volonté de rassembler des travaux (31 artistes sont présentés), tisser des liens théoriques entre eux, créer du sens d’une œuvre à l’autre. Il est question ici d’une référence à l’ouvrage de Edwin A Abott, publié en 1884, Flatland, une aventure à plusieurs dimensions. S’appuyant sur ce récit qui évoque les aventures d’un carré au pays de la troisième dimension, les commissaires ont développé une analyse qui « distingue trois procédés de scénarisation des formes » : la codification, la condensation, et la suggestion. Programme et discours ambitieux. La déambulation entre les œuvres procure cependant un sentiment de distanciation. La vision des deux organisatrices est difficile à cerner, les travaux présentés sont pour le moins arides, on s’accroche aux notices explicatives comme à un viatique qui devrait sauver le visiteur de l’abîme d’incompréhension qui menace. Peut-être y a-t-il finalement trop de pièces, trop de narrations individuelles, justement, des univers personnels qu’on ne parvient pas à décrypter à travers seulement une seule œuvre par artiste. Chacun pourtant nous raconte son histoire. En voici deux : Wilfrid Almendra nous parle de son rapport à la maison pavillonnaire. Il récupère des matériaux sur les chantiers de construction, et crée des sculptures proches du vitrail, avec des carreaux de verre colorés, des morceaux de grilles anti-effraction… Tout un langage qui incarne les rêves et les craintes de nos manières d’habiter.

Simon Collet interroge les codes et couleurs du jeu vidéo, qu’il croise dans une œuvre sur aggloméré teinté dans la masse, subtils dégradés de roses, bleus, jaunes, gris, creusés par endroits comme par un ver géant, comme s’il avait eu recours à l’outil « gomme » sur Photoshop. Télescopage des techniques, des visuels, des matières, qui replace les références dans le cadre infini du langage artistique. L’histoire est loin d’être terminée.

ANNA ZISMAN
Novembre 2016

Une autre exposition est présentée au MRAC, durant la même période : l’artiste allemande Andréa Bütner.

Flatland / Abstractions narratives #1
Andréa Bütner
jusqu’au 19 février 2017
MRAC, Sérignan
04 67 32 33 05
mrac.languedocroussillon.fr

Illustration : Simon Collet, Série E #001. MDF teinté dans la masse, peinture nitro alkyde, 59,5 x 84 cm.
Courtesy de l’artiste.