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Révolutions et contre-révolutions en Méditerranée : Quels grands défis politiques et internationaux ?

Histoire partagée

Révolutions et contre-révolutions en Méditerranée : Quels grands défis politiques et internationaux ? - Zibeline

Une rencontre avec Jean-Pierre Filiu, historien du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po Paris, et Rostane Mehdi, directeur de Sciences Po Aix, a conclu le 1er cycle des Rendez-vous de demain portés par l’Institut méditerranéen de recherches avancées à Marseille. Comme toujours lors de ces débats publics, le Théâtre du Gymnase était plein. Il faut dire que le thème de la soirée, les révolutions et contre-révolutions en Méditerranée, était brûlant. Syrie, Libye, Égypte, Israël, Iran… autant de poudrières. Les deux invités de Stéphane Paoli, concepteur avec Thierry Fabre de ces Rendez-vous, ont évoqué les rapports compliqués du droit international avec la force et la morale.

Une morale qui, selon Jean-Pierre Filiu, ancien diplomate, est « une arme stratégique que l’on utilise trop peu ». En laissant les dictatures perdurer sans réagir dans le bassin méditerranéen comme ailleurs, les gouvernements occidentaux se discréditent et instillent un doute chez leurs propres concitoyens. Son confrère renchérit : « nombre de nos dirigeants se contentent d’une façade démocratique : cela peut être commode quand d’autres intérêts, économiques ou de sécurité, sont en jeu ». En Syrie, notamment, l’un et l’autre estiment que l’intervention internationale est un facteur d’instabilité durable, parce que chacun des acteurs, russes, américains ou turcs a son propre agenda. « La solution, qui serait de reconstruire par le bas un contrat social, est donc empêchée. »

Jean-Pierre Filiu pense que les européens ont « raté l’occasion de 2011, lorsque les Printemps arabes ont fait chuter le mur de la peur en Méditerranée », sans embrayer avec un accompagnement dans la durée. Mais face à des régimes à bout de souffle, il croit que l’on peut se préparer à la suite, en restant au plus près des populations. Ce à quoi Rostane Mehdi rétorque « j’aimerais partager votre optimisme, mais je crains la stratégie du pire, une logique suicidaire dans ces pays ». Et pourtant, lui répond son interlocuteur, « Ce qui se passe là-bas affecte notre vie ici. On voit les conséquences immédiates – attentats, réfugiés -, mais cela touche aussi nos valeurs. Notre histoire est partagée, qu’on le veuille ou non. »

GAËLLE CLOAREC
Mai 2018

La rencontre Quels grands défis politiques et internationaux ? s’est tenue le 24 avril au Théâtre du Gymnase, Marseille

Photo : De gauche à droite : Stéphane Paoli, Jean-Pierre Filiu, Rostane Mehdi © G. C.


Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre Français
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/