Vu par Zibeline

Le vieux métier de la vieille Aglaé, et l'intense interprétation de Claude Degliame

Histoire d’une pute magnifique

Le vieux métier de la vieille Aglaé, et l'intense interprétation de Claude Degliame - Zibeline

Aglaé pourrait s’appeler autrement, c’est un prénom de scène, un prénom qui préserve son anonymat. Car Aglaé existe bel et bien, elle est une prostituée, « une pute » de plus de 70 ans, fière de son métier, « un métier comme un autre » qu’elle exerce « par plaisir », que Jean-Michel Rabeux et Claude Degliame ont rencontré et dont ils ont recueilli l’histoire. Les histoires.

Sous la plume de l’un et dans le jeu de l’autre, Aglaé est devenue un personnage de théâtre hors norme, magnifique. Nuisette « noire, très classe, non ? », qui ne cache rien d’un corps qui s’affirme de fait, bottines aux pieds, Claude Degliame ne copie pas la « vraie » Aglaé ; elle ajuste les mots, le ton, se verse un whisky, navigue entre les spectateurs, frôle ici ou là une épaule, accroche un regard, prend la pause et la quitte aussitôt.

Les mots sont crus parfois, aussi crus que les néons qui l’éclairent, le verbe toujours haut, mais c’est que voyez-vous Aglaé assume tout, n’a ni envie ni besoin de convaincre, elle n’est pas là pour ça. Elle se fiche bien de ce qu’on pense de ce qu’elle vit. Alors à qui s’adresse-t-elle au juste ? Où ce discours libéré, saisissant d’intelligence humaine, peut-il faire écho ? Si la parole est singulière elle n’est pas formatée pour provoquer, encore moins provoquer la complaisance. Elle impressionne, par sa liberté de ton, par l’humanité qui nous saisit dans sa forme la plus animale, brute, qui nous constitue tous. Et qui nous renvoie à nos modes de vie, à l’acceptation de l’autre quel qu’il soit.

Lumineuse, intense, grave, mutine, Claude Degliame l’est jusqu’au bout. Jusqu’à ce que la voix (la sienne, mais laquelle ?) ne montre quelques brisures en évoquant les petits-enfants, les enfants de son fils, qu’elle ne peut affronter, tant sa liberté lui ordonnerait de leur proclamer « mamie elle suce des bites ! ». L’histoire n’ira guère plus loin… Et l’on se dit que la liberté a bien sûr des limites.

DOMINIQUE MARÇON
Février 2017

Aglaé a été joué du 8 au 10 décembre au Théâtre des Salins, Martigues

Photo : © Alain Richard


Théâtre des Salins
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13692 Martigues
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