Éric Duyckaerts donne une -courte- conférence au MuCEM

Herr ProfessorVu par Zibeline

• 28 mars 2014 •
Éric Duyckaerts donne une -courte- conférence au MuCEM - Zibeline

Le belge Éric Duyckaerts est un artiste doublé d’un savant, et ses performances érudites autant que drôles ressemblent à s’y méprendre à un cours magistral, donné par un enseignant farfelu. Il arrive sur scène discrètement, s’exprime d’une voix douce, joue de sa -feinte ?- timidité, et installe en peu de temps un climat propice à la plus stimulante des curiosités intellectuelles. Celle qui vagabonde, qui prend des chemins de traverse, s’autorise les digressions les plus acrobatiques. Au MuCEM, en cette fin mars, il était invité à revisiter à sa manière la toute nouvelle exposition Le monde à l’envers – Carnavals et mascarades d’Europe et Méditerranée. On l’a donc vu passer en douceur des Saturnales romaines au tyran d’Athènes Pisistrate (600-527 avant J.-C.), piocher une anecdote marseillaise dans les Mémoires de Casanova (lequel aimait la cité phocéenne parce qu’elle lui évoquait la diversité culturelle de Venise), et conclure sur une démonstration de philosophie du langage, en insistant pour que l’on n’utilise plus le terme «performatif» mal à propos. Éric Duyckaerts est capable de tenir à ce rythme une conférence jusqu’à l’aube, il l’a prouvé notamment lors de la Nuit Blanche 2009 à l’École Normale Supérieure de Paris. Sa prestation au MuCEM fut de bien plus courte durée, puisqu’en une quarantaine de minutes elle était bouclée. De quoi laisser sur leur faim les spectateurs enthousiastes venus en nombre l’écouter, dont certains se sont demandé, lorsqu’il a quitté le plateau de l’Auditorium Germaine Tillon, s’il n’allait pas revenir distiller encore quelques grammes de culture dans ce monde de brutes, après un faux-départ de comédie. Déçu sur ce point, on retiendra tout de même de son exposé coloré qu’il faut «descendre dans le sub-lunaire pour mettre le monde sens dessus-dessous, car un univers à l’envers, cela ne veut rien dire». On retiendra surtout que les traditions les plus ancrées peuvent être factices, et qu’employer le mot juste est toujours éminemment politique, en matière de renversement d’autorité.

GAËLLE CLOAREC
Avril 2014

La conférence d’Éric Duyckaerts a eu lieu au MuCEM, Marseille, le 28 mars

Photo : Eric-Duyckaerts-©-X-D.R.