Pop Art : les artistes femmes prennent leur revanche à Nice

Héroïnes fantastiquesVu par Zibeline

• 9 décembre 2020⇒28 mars 2021 •
Pop Art : les artistes femmes  prennent leur revanche à Nice  - Zibeline

Les amazones du pop chevauchent à grands pas les espaces du Mamac, à Nice, sous la conduite de deux farouches cavalières, Hélène Guenin et Géraldine Gourbe*, guidées par Niki de Saint Phalle, figure emblématique de la collection du musée. Aussi, qui mieux que cette horde endiablée, affranchie des diktats, engagée dans des mouvements politiques et sociétaux, pour fêter les 30 ans de l’honorable institution niçoise ? Le parcours conçu par les deux commissaires s’appréhende comme « l’histoire croisée entre une décennie fructueuse et active (1961-1973), et une société agitée par l’espoir fou d’un monde meilleur et pacifiste ». D’où la nécessité de lire les œuvres à l’aune des activistes qui ont fait trembler l’Amérique : mouvements pour la libération des peuples, l’émancipation féminine et contre la guerre du Vietnam… Une contextualisation éclairante qui met au jour le trou béant que la mémoire collective a creusé en les effaçant.

Ouvert et onirique, le récit se construit en trois temps, abreuvant notre regard d’une profusion d’œuvres décomplexées créées par des femmes frondeuses. La preuve avec la section « Vroom, Vroom, le désir et les corps élégiaques » qui, au-delà de l’iconographie traditionnelle du Pop Art, défie l’ordre moral établi. On découvre, entre autres, les images extraverties d’Évelyne Axell ou les saynètes décoratives de Dorothy Iannone comme une version du Kâma-Sûtra sous LSD ! Le cinéma de Marie Menken projeté dans un dispositif bluffant de trois écrans, hommage à celle qui mit une caméra entre les mains de Warhol, et sortit l’ornementation du champ traditionnel de la peinture pour le projeter dans l’art cinématographique. Dans « L’ange du foyer et ses modernes solitudes », on quitte les stéréotypes étouffants de la modernité du quotidien monumentalisée par Warhol, Rosenquist et Lichtenstein, et celle des femmes fatales, pour des représentations plus grinçantes de l’archétype hollywoodien. En contrepoint donc, les mises en scènes d’outils de cuisine et de maquillage  par Kay Kurt, Sturtevant et Isabel Oliver optent pour l’humour piquant à la sauce barbecue douce et sucrée. Objet de tous les désirs et de tous les phantasmes, les artistes détournent les clichés pour mieux les critiquer et s’émanciper des héroïnes pop inventées par des hommes. Entre Barbarella et Emma Peel, elles revendiquent « une pensée féministe marxiste et lacanienne » apparue dès les années 70. D’où la question « Demain sera meilleur ? » qui, dans un même élan, conclut cette cavalcade débridée et ouvre sur des langages inédits, de nouveaux médiums et des postures radicales face aux bouleversements du monde en pleine guerre froide. Les questions de genre, de race, de classe sont au cœur de pièces politiquement incorrectes (Crea un’atmosfera de Lucia Marcucci), violentes (Viet Flakes de Carolee Schneemann), manifestes (This is a Call for a World-Wide General Strike for Peace de Dorothy Iannone). Bref, à l’heure où l’homme américain marchait pour la première fois sur la lune, l’anonymat féminin était encore profondément enraciné. C’était sans compter sur les artistes.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Décembre 2020

* Hélène Guenin, directrice du MAMAC et Géraldine Gourbe, philosophe et critique d’art

Les amazones du pop, She-Bam Pow Pop Wizz !
Jusqu’au 28 mars 2021
Mamac, Nice
04 97 13 42 01 mamac-nice.org

Photo : Dorothy Iannone, The Next Great Moment In History Is Ours, 1970. Sérigraphie sur papier, cadre bois et plexiglas. Publié par Galerie Wilbrand, Cologne. Cadre 73 x 102 cm. Édition de 100. Courtesy de l’artiste et Air de Paris, Paris. © Jochen Littkemann