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Vu par Zibeline

L’Origine du monde (le spectacle) vu au musée Fabre de Montpellier

Heredia ramasse un 20/20 à sa copie

L’Origine du monde (le spectacle) vu au musée Fabre de Montpellier - Zibeline

Parfois, lorsque le spectacle est si bien agencé qu’il se déroule de façon tellement logique, c’est difficile de s’immiscer dans la démonstration : tout coule et se développe de manière redoutablement efficace, c’est en quelque sorte parfait, CQFD, point à la ligne.

L’origine du monde (46×55) appartient à cette catégorie, on pourrait se contenter de ces trois lignes ; or, la pièce est si réussie qu’il va bien falloir parvenir à démonter un peu l’horlogerie, s’arracher aux sirènes du raisonnement, et parvenir à évoquer le travail de Nicolas Heredia (Cie La vaste entreprise) en s’extirpant du plan de sa vraie-fausse conférence autour de la copie du célèbre tableau de Courbet.

Tout a commencé le 28 janvier 2015, jour où ce montpelliérain, grand amateur d’objets ayant eu une vie antérieure avant leur (re)mise sur le marché, flâne dans une brocante. Il a déjà acheté des cadres d’horloge cassés et un protège téléphone (à cadran, bien sûr) en velours beige avec des galons dorés. La matinée était déjà fructueuse, mais voilà que Nicolas Heredia tombe sur une reproduction du fameux pubis, coincée entre une roue de vélo et un lot de petites cuillères en argent. Il hésite. C’est tentant. La copie est grossière, la toile est piquée. 200 €. « Sérieusement ? » s’exclame-t-il devant le vendeur. Hors de question de se laisser avoir à ce point là !

Sur le chemin du retour, il regrette déjà. C’est quoi, 200 €, si on rapporte cette somme à « l’histoire potentielle que cette copie contient » ? Dans cette interrogation inquiète, le spectacle est déjà en train d’exister. Il revient sur le stand, c’est devenu presque vital, ouf, personne n’a compris avant lui la valeur du tableau. Il sait qu’il est désormais en possession d’un objet porteur « d’horizons insoupçonnés », « d’aventure », de « folles soirées » (à partager avec le public) en perspective. Comment cette croute acquise trop cher peut-elle atteindre une valeur de 18 000 €, le temps d’une heure de démonstration d’une implacable intelligence ? Objet à l’appui, humour pince-sans-rire au coin de la bouche, Nicolas Heredia nous entraîne dans un voyage aux origines insoupçonnées.

ANNA ZISMAN
Mars 2019

L’Origine du monde a été joué les 16, 17, 19 & 21 mars au musée Fabre de Montpellier, dans le cadre de la saison du Théâtre Jean Vilar

Le spectacle sera repris pendant toute la durée du Festival Off d’Avignon (La Manufacture, hors les murs, au musée Angladon)

Photo : Origine du monde © Musee Fabre Montpellier 3M