Thomas Jolly invité par le Festival d'Avignon à La FabricA évoque son adaptation de Shakespeare

Henri VI, un «terrain de jeu» de 16 heuresVu par Zibeline

• 13 novembre 2013, 9 décembre 2013 •
Thomas Jolly invité par le Festival d'Avignon à La FabricA évoque son adaptation de Shakespeare - Zibeline

C’est «l’ennui, la solitude et le désespoir amoureux» qui ont conduit Thomas Jolly à se plonger dans la lecture des pièces historiques de Shakespeare ; le désir, irrépressible, s’allume avec Henri VI : «Une œuvre monumentale qui ne répond pas aux canons de logique de production et de diffusion». Ancien élève du TNB, directeur de la Piccola Familia, l’«entremetteur en scène» trentenaire -comme il se définit pudiquement- évoquait avec passion, à La FabricA, la trilogie montée en intégralité au Festival 2014. 16 heures de théâtre pour relater un demi-siècle de l’histoire d’Angleterre, 3 pièces découpées en 2 cycles et 4 épisodes, 15 actes, 10 000 vers, 200 personnages pour 21 comédiens (dont 6 femmes)… un projet démesuré «où l’organicité reprend le pas autour d’une communauté éphémère». Convaincu par «la force fédératrice de rassemblement du théâtre» et affirmant «qu’un spectateur perdu une minute est perdu à jamais», Thomas Jolly tentera de rendre limpides les enjeux, portant avec impétuosité la question du pouvoir face à l’humanité et la dégénérescence d’un monde au plateau, et transmet son enthousiasme avec gourmandise.

S’appuyant sur la traduction versifiée de Line Cottegnies, sans toucher (hormis quelques adaptations pour gagner en suspense et en narration), ni couper, au texte, «sinon ça n’est plus qu’une course à la couronne entre deux familles», il donne à voir «le basculement d’un monde aux origines de notre culture. Depuis 6 siècles, les choses n’avancent pas beaucoup… Shakespeare entremêle tous les registres, tragédie, polar, comédie, romance, tout ce que le théâtre peut offrir, un vrai terrain de jeu». Depuis 4 ans, cette «grande saga» (jamais montée en France) se construit morceaux par morceaux, le public suit chaque épisode avec délectation. C’est ainsi que cette aventure au long cours a été imaginée «grâce à sa structure narrative proche du cinéma américain et des ressorts dramatiques qu’on suit comme une très bonne série». En glissant des entractes à des endroits clés et des rebondissements tous les quarts d’heure, «une instantanéité de théâtre, très shakespearienne, contre laquelle on ne peut pas aller» se crée. Une expérience collective, à vivre en compagnie d’une génération qui en chasse une autre, en pleine guerre des Deux Roses, et d’un roi qui connaitra l’un des règnes les plus sanglants de l’histoire d’Angleterre, courageuse, fédératrice et appétissante !

DELPHINE MICHELANGELI
Novembre 2013

Photo : Thomas-Jolly-(au-centre),-la-FabricA,-13-nov-2013-©-DE.M

Thomas Jolly était invité le 13 novembre par le Festival d’Avignon

Prochain rendez-vous mensuel, le 9 décembre à 20h30 à La FabricA, avec Olivier Py qui évoquera sa pièce Orlando ou l’Impatience créée cet été au Festival

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