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Séance débat autour du film de Vanessa Lapa, Heinrich Himmler The decent one

Heini et Marga

• 21 janvier 2015 •
Séance débat autour du film de  Vanessa Lapa,  Heinrich Himmler The decent one  - Zibeline

Une assistance qu’on aurait imaginée plus nombreuse pour la séance organisée au César à Marseille, le 21 janvier, autour du film Heinrich Himmler The decent one, un film de Vanessa Lapa, en collaboration avec Judaicine et l’association A.R.E.S (Association pour la Recherche et l’Enseignement de la Shoah).

Le film débute par les images de la maison d’Himmler au moment où elle est investie par les alliés en 1945. Ils découvrent dans son coffre-fort la correspondance privée, les journaux intimes, les photographies personnelles de l’un des principaux dignitaires du régime nazi et de ses pires criminels. Une grande partie de ces documents ne sera pas remise aux autorités militaires, disparaîtra pendant des années puis  sera acquise par la réalisatrice. C’est en utilisant ces documents que Vanessa Lapa construit son film de manière chronologique. Les images : photos ou films d’archives, dont l’origine n’est pas toujours explicite. La bande-son : lecture par des comédiens des journaux et de la correspondance de celui qui deviendra le maître de la SS. Le récit d’une vie qui va entrer, et de quelle façon, dans l’histoire et la voix intime d’un petit garçon, d’un adolescent, puis d’un adulte, époux et père attentionné. Des encarts viennent régulièrement poser les jalons historiques de la carrière de celui qui mettra en place dès 1933 le premier camp de concentration pour les opposants politiques et les homosexuels. Ainsi se dessine l’autoportrait d’un jeune garçon maladif, déçu par l’attitude poltronne de ses concitoyens, puisant dans Tacite l’image positive d’un Germain idéal. Dès lors, celui qui se voit comme un héros témoigne de sa haine envers tous ceux qui auraient corrompu cet être idéal, opposants de gauche, homosexuels et juifs. Les lettres de « Heini », – c’est ainsi qu’il signe,- à sa chère « Marga » sont d’une très grande mièvrerie et n’évoquent jamais les solutions mises en place, comme si les deux époux se comprenaient trop bien.. Consciente du risque d’empathie avec son sujet, fréquent dans les biographies, la réalisatrice se livre à un travail dialectique entre image et son. Ainsi, en contre point des images de guerre et d’holocauste, la documentariste fait lire une lettre où « Heini » indique que « malgré cette charge de travail, (il est) en forme et dort très bien. »  Le spectateur est saisi par l’assurance de celui qui se voit comme un héros tandis que l’horreur se réalise.

Ce film, original par son point de vue narratif et ses sources documentaires, mais pas complètement abouti, était suivi d’un débat animé par Xavier Nataf de Judaicine, en présence de Renée Dray Bensoussan, historienne qui préside à l’A.R.E.S.  Interrogations plus que débat sur un personnage dont les lettres sont, selon la philosophe E. de Fontenay, d’une « inquiétante bêtification ». Pour l’historienne, le film est une source de réflexion sur les représentations que les gens ont d’eux-mêmes et une étape dans la question de « comment comprendre la barbarie ? ». Une capsule de cyanure décidera du sort de Himmler. Margaret (la « Marga » des lettres) lui survivra, après avoir tenté de faire croire à son ignorance des faits. Quant à Gudrun Himmler Burwitz, la blonde et diaphane « Püppy » de la correspondance, digne héritière de son père, elle a été et reste toujours un membre très actif d’une association de soutien aux anciens nazis. Autre source de questionnement après la projection de ce film utile.

ANDRE GILLES
Janvier 2015

Photo : Himmler et Gudrun

Crédit: ASC Distribution


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