Vu par Zibeline

Hasard objectif

 - Zibeline

Quel délice que d’errer, d’entrer dans des jardins découverts au fil des rues… derrière un entrelacs de branches une sculpture, un tableau, un piano, une harpe, parfois une eau murmure, un brin de vent, le paysage s’ébroue, un rai de lumière joue sur une toile… C’est ainsi que le promeneur quadrille les lieux connus de géométries nouvelles, établissant une carte secrète de la ville. Flâner, quelle belle invention ! Andréa Ferréol offre à Aix-en-Provence deux jours délicieux de rencontres et de découvertes. Parcours éclectique et délicieux : lourds bijoux conçus pour des Salammbô contemporaines de Dominique Aurientis au Jardin de Belcodène, à côté d’extraordinaires animaux de verre soufflé (Fernando Agostinho) : autruche aux plumes excentriques, pomme acide sur laquelle un serpent se love ; au Pavillon de Vendôme, le mobilier contemporain (ligne Komodo) des trois sœurs Moretti unit utile et raffinement esthétique et Kimiko Yoshida se démultiplie en autoportraits à travers une histoire choisie de la peinture ; cultivant le paradoxe sous les calmes ombrages des grands platanes du Jardin de l’Aigle d’Or, les gueules arrachées à la nuit, par le pinceau fauve et poignant de Jean-Louis Foulquier, pendant que les sculptures de Jordi déclinent la même forme répétée en compositions géométriques qui apprivoisent la lumière ; les lignes abstraites de Loïc Madec proposent leurs énigmes sous une tonnelle ; les céramiques de Franck Brunet semblent explorer les remuements de la matière ; les photographies de Claudie Rocard-Laperrousaz s’attachent à l’intuition du détail révélateur. Des yeux de métal s’étonnent vaguement sur les ovales de bronze de Jean-Pierre Dussaillant, avec des cheveux emportés par d’invisibles tempêtes, sur les sages pelouses du Jardin Mérindol ; une gamelle au pied d’un arbre du Jardin du Cancel, à son aplomb, un chien, banal ? sauf s’il s’agit d’une construction de Robert Bradford composée d’éléments de jeux ou de figurines, tandis que les toiles de Paul Maisonneuve aux grands traits rapides se prélassent dans leurs énigmatiques instantanés ; à la Galerie Lisse des Cordeliers les meubles peints de Chantal Saccomanno aiguisent leurs pieds de danseuse tandis que les sculptures d’Olivier Dayot les nourrissent de légendes et d’ironie ; les œuvres de Martin Lartigue foisonnent de personnages, couleurs chaudes d’où sourd une inquiétante étrangeté ; au Cloître d’Entrecasteaux les toiles de Mohamed Lekleti s’imposent par la puissance du trait, l’équilibre des compositions ; au premier étage de l’Hôtel de France, les toiles écrues de Véronique Bigo, sacs, fragments et objets empruntent à  l’art du conteur, comme ces tableaux qui évoquent la destinée tragique de Marie Bashkirtseff, russe du XIXème morte trop jeune qui, possédée sans cesse par le désir d’être peintre, laissa dans son abondant journal les traits d’une âme insatisfaite.

Aux œuvres exposées ajoutez les guitares, le chant, la danse, la délicieuse lecture du beau texte de Joëlle Gardes sur le temps par Marie-Christine Barrault… Le temps de flâner ?

MARYVONNE COLOMBANI

Juin 2012

 

Les flâneries d’Aix ont eu lieu les 9 et 10 juin