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Comment apprendre à s’aimer, un petit bijou de Motoya Yukiko

Haïku du quotidien

Comment apprendre à s’aimer, un petit bijou de Motoya Yukiko - Zibeline

Le court ouvrage de Motoya Yukiko, traduit du japonais avec une sobre élégance par Myriam Dartois-Ako, surprend par son titre, Comment apprendre à s’aimer, interrogation qui semble annoncer une prose de vulgarisation de psychothérapie, plutôt que cette délicate nouvelle qui embrasse soixante années de la vie de Linde. Pas de grands évènements, ni d’implications marquantes dans le siècle, pas d’héroïsation du quotidien, mais avec acuité, Motoya Yukiko brosse le portrait de son personnage en extrayant des pans de sa vie, assortis de titres qui nous évoquent ceux de la Comtesse de Ségur, « Linde, 16 ans, et le tableau des scores », « Linde, 28 ans, et la robe », « Linde, 47 ans, et le temps qui passe », « Linde, 3 ans et Schubert », « Linde, 63 ans, et la vinaigrette »… L’anodin, le léger, le futile sont mis en scène, tentatives de complicité avec ses camarades d’école, repas raté avec son mari, achat d’une guirlande de Noël, attente du livreur, remarques un peu trop abruptes, difficultés à être en adéquation avec soi et avec les autres… Là réside la force de ce livre qui, avec une subtile distanciation, peint la complexité de cette relation, que déterminent les codes d’appréhension du réel que nous imposent, même inconsciemment, les conventions sociales. Le bonheur, est-ce se retrouver au restaurant avec un compagnon qui semble sorti d’une série américaine, vantant tel ou tel plat d’après les critères préétablis, ou rentrer dans son appartement en désordre, seule, et se faire griller une bonne tranche de lard ? L’acceptation de ses propres imperfections participe à la conquête de soi. Le courage, suggère ce délicieux roman, ne serait-il pas de se reconnaître humain, tout simplement… Le style dépouillé, l’adoption d’une narration à la troisième personne, cernent d’un trait sûr et précis les situations, les pensées, et savent préserver, malgré leur apparente simplicité, proche du dénuement parfois, une épaisseur au personnage, sa capacité à trouver en elle-même le secret du bonheur… bien éloigné des clichés ! Un petit bijou consacré au Japon en 2014 par le Prix Mishima.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2016

Comment apprendre à s’aimer Motoya Yukiko
Traduction du japonais par Myriam Dartois-Ako
Philippe Picquier, 18 €
en librairie le 18 août (distribué par Harmonia Mundi)