Ad Fontes s’attache au Messie de Haendel sous la direction de Jan Heiting

Haendel tel qu’en lui-même…Vu par Zibeline

Ad Fontes s’attache au Messie de Haendel sous la direction de Jan Heiting - Zibeline

Retrouver les prémices de la création, tenter d’en délivrer les clés tout en l’interprétant, quel beau pari ! C’est celui de Jan Heiting et de son ensemble Ad Fontes autour de l’une des œuvres les plus connues d’Haendel, Le Messie. S’appuyant sur le beau texte de Stefan Zweig, La résurrection de Georges-Frédéric Haendel, la comédienne Catherine Sparta construit une adaptation à la scène, créant un personnage d’ange joliment descendu des cintres sur une balancelle, qui vient évoquer les tourments du compositeur, ses ennuis de santé, la désaffection d’un public qui l’adulait, ses doutes, ses désespérances, puis l’illumination qui le conduit à la partition de son Oratorio… Ce « making off » mis en scène dans une adroite mise en abyme croise musique, texte dit sur scène (C. Sparta, l’ange), voix off du musicien ou de son librettiste et confident, Charles Jennens, qui lui adressa le texte de ce qui deviendrait l’oratorio Le Messie. Dans une forme quasi christique est évoqué le personnage du compositeur en proie au désespoir : « Pourquoi (Dieu) me laisse-t-il en vie si je ne peux plus créer ? ». « Mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? » s’exclame le héros de Zweig. Suivra l’exaltation mystique et jubilatoire à la lecture des mots de Jennens : « Comme elle ranimait son âme affaiblie, cette parole féconde. Et à peine l’eut-il lue, à peine l’eut-il pesée, que déjà Haendel l’entendait transposée en musique, en notes chantantes, frémissantes, vibrantes, éclatantes. Oh ! joie, les portes étaient ouvertes, il sentait, il entendait de nouveau en musique ! ». Les chanteurs et musiciens de l’ensemble jouent le jeu de ces enthousiasmes, se précipitent en tenue de ville avant d’endosser celle de concert, puis se vêtent de l’aube propice à la célébration des mystères… Sans doute le texte aurait gagné à être resserré, les répétitions de l’ensemble à être plus nombreuses… Le spectacle compte quand même de très beaux passages, de jolis solos, des moments de fougue, où éclot la fascinante beauté d’un alléluia.

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2019

Le Messie de Haendel a été donné le 26 novembre au Jeu de Paume, Aix-en-Provence

Photographie : Ensemble Ad Fontes © Aliette Cosset

Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/