Le concert de Rodolphe Burger est dédié à Paul Otchakovsky-Laurens

Guitar ÉrosVu par Zibeline

Le concert de Rodolphe Burger est dédié à Paul Otchakovsky-Laurens - Zibeline

On a un longtemps perdu de vue Rodolphe Burger après avoir vénéré son groupe Kat Onoma, car on estimait, à tort ou à raison, que l’homme avait fait le tour de son vocabulaire musical. Séance de rattrapage à Aubagne à l’occasion de la sortie de Good, dernier album d’une discographie consistante pour le musicien de 60 ans aux airs de Sterling Hayden. Ça tombe bien, c’est une revue (à trois -fortiche !-, avec les basses de l’épatante Sarah Murcia et les rythmes acoustiques/électroniques de Christophe Calpini) de tout ce qui fait de Burger, collaborateur de Bashung ou d’Higelin, un artiste remarquable. Avec Good, titre qui ouvre le disque et le concert, on retrouve d’abord toute la noirceur sensuelle de son univers, basé sur un texte, répétitif, de Samuel Beckett. C’est avant tout cette dimension Lou Reedienne, cérébrale qui nous attire chez lui. Un rock référencé et pénétrant de guitar hero discret, avec parler-chanté pénétrant, notes félines tenues (à bloc de reverb) et explosions contenues. Mais depuis de nombreuses années, l’association avec l’auteur Olivier Cadiot a apporté à son répertoire une appréciable ouverture vers d’autres couleurs textuelles, d’humour et de non-sens qui sied aux scènes de théâtre. Burger « emprunte » aux poètes E. E. Cummings, T. S. Eliot, Goethe, Büchner, Michel Deguy et interprète les inévitables Pierre Alféri et Olivier Cadiot (il dédie d’ailleurs le concert à Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur de la maison d’éditions P.O.L. récemment disparu). Hétérogène, le mélange possède un charme anachronique (le refrain en onomatopées de Wasteland avant un blues antédiluvien de Skip James). À défaut des six-coups évoqués dans la chanson de Rio Bravo (My Rifle, My Pony & Me) citée en intro d’Happy Hour, ses six-cordes rugissent à travers ampli et sono, instituant un dialogue haché mais intense. Devant le raffut de ces orages d’électricité, le public au début sagement assis, n’a d’autre choix que de se lever sur le rock irrésistible de FX of Love et l’entêtante électro d’Eisbaer, reprise de Grauzone, le premier groupe de Stephan Eicher, son « cousin » rhénan.

HERVÉ LUCIEN
Février 2018

Rodolphe Burger s’est produit au Théâtre Comœdia d’Aubagne le 26 janvier                                                                         

Photographie : Rodolphe Burger © Jérôme Sevrette

Théâtre Comoedia
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