La Grande Guerre, le collectif Hotel Modern plonge avec gravité dans l'horreur folle de la Guerre de 14

Guerre miniature, Histoire grandeur natureVu par Zibeline

La Grande Guerre, le collectif Hotel Modern plonge avec gravité dans l'horreur folle de la Guerre de 14 - Zibeline

10 novembre. La salle du Théâtre Jean-Claude Carrière (au Domaine d’O à Montpellier) est pleine de collégiens. Demain, c’est férié, pour cause de commémoration d’Armistice. Les adultes s’inquiètent un peu de cette affluence scolaire. Pourvu que les élèves ne gâchent pas la soirée…

La Grande Guerre commence comme un cours magistral sous adrénaline. Didactique, synthétique, sonorisé, imagé. Tout est dit, et même plus, sur le contexte historico-socio-politico-économique, en moins de dix minutes. La liste exhaustive des pays impliqués achève la mise en place du propos. Elle est criée, hurlée, la voix est peu à peu couverte par le vacarme qui gronde et enfle, le nombre de noms cité est vertigineux.

Silence.
La guerre débute, et le calme est pesant.

Les trois acteurs du collectif Hotel Modern et le compositeur Arthur Sauer plongent le public dans l’attente du pire. Des cris d’oiseau, des bruissements d’arbres, les sabots d’un cheval sur une route de campagne. L’inquiétude monte en direct. Avec des appeaux, des calebasses, le son est créé sous nos yeux. Des maquettes et des accessoires sont manipulés et filmés en gros plan par les comédiens, les images transmises sur un écran qui occupe le fond du plateau.

On observe la mise en place du théâtre des événements et le basculement provoqué par la captation de ce monde miniature par les caméras. La minutie des gestes, la simplicité des objets, le persil qui devient arbre, la terre qui se mue en champ de bataille, la farine en neige, des petits soldats qui prennent vie.

On assiste à une allégorie de l’absurde. Metteurs en scène par excellence, les membres d’Hotel Modern rejouent la folie des généraux, les hommes sont des objets, le territoire un morceau de carte, les morts à remplacer par d’autres petits soldats. La lecture, en direct là aussi, de lettres et témoignages de Poilus rend au contraire sa dimension humaine à l’horreur.

Les sons électroniques et bricolés incarnent la violence et la peur. La traduction des scénettes sur l’écran offre un horizon à la fois réaliste et onirique au récit. On pénètre dans une tranchée. On s’aventure dans une maison bombardée. On progresse dans la boue collante et froide en suivant les pas d’un soldat qui marche dans la nuit sur des cadavres. Le gaz rampe.

Les corps s’amoncellent. Le jour se lève. Il neige. Les morts se raidissent. Ils disparaîtront sous l’herbe qui repousse.

Oui, les collégiens se sont bien tenus. Et tout le monde se mélange et se presse sur le plateau, à hauteur des maquettes et de l’Histoire qui hante et fascine.

ANNA ZISMAN
Décembre 2016

La Grande Guerre, créé en 2001 et présenté dans le monde entier, s’est joué les 9 et 10 novembre au Théâtre Jean-Claude Carrière, au Domaine d’O à Montpellier

Photo : © Joost Van der Broek

Domaine d’O
178 rue de la Carriérasse
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