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Karst, de David Humbert, un polar réussi en guise de premier roman

Grenouillages en eaux troubles

Karst, de David Humbert, un polar réussi en guise de premier roman - Zibeline

Un polar en guise de premier roman,  dédié à Ondine de surcroît par un auteur géologue spécialiste des nappes phréatiques en Haute-Normandie, c’est déjà une promesse de mystère et peut-être de profondeur … David Humbert, collaborateur régulier à Science et Vie, sait parler à ses lecteurs : clair, circonstancié, ancré dans le réel tout autant que dans les codes du roman policier à la française, Karst ne bouleverse pas le genre, ne surprend guère, agace même un brin dans ses commencements perçus comme franchement convenus (mais le consentement à la connivence, même lourde, n’est-il pas le passage obligé pour cette littérature où quasiment tous les coups ont déjà été joués sur un échiquier dont le quadrillage ne laisse pas beaucoup de place dans les marges ?) : Paul Kubler, sympathique trentenaire fraîchement débarqué du Quai des Orfèvres pour d’obscures raisons souvent évoquées jamais abordées a redescendu la Seine jusqu’à sa ville natale de Rouen où il s’ennuie un peu jusqu’à ce que l’eau du robinet prenne des couleurs affolantes tandis qu’un plan social local agite les corps et les esprits ; de la rue aux prairies humides, du maintien de l’ordre à l’enquête haletante sur les meurtres sauvages qui se succèdent au bord des gouffres calcaires, notre jeune lieutenant, qui est aussi le narrateur au présent, a désormais fort à faire, ce qui ne déplaît pas à ses parents. Traçabilité des eaux souterraines, pollutions diverses, bétoires et citernes naturelles, plateaux crayeux et karstogenèse, embrouilles en tous genres, méchants qui ont des raisons avouables, amours entrevues… Karst se révèle un « polardoc » bien élevé, aux articulations souples (la spéléo, c’est pas pour les Nuls), aux rouages éthiques et naturels rassurants – on y apprend par exemple au détour d’une péripétie qui aurait pu très mal tourner pour le héros que « l’eau froide de la craie a ralenti son métabolisme et l’a maintenu en vie », ou du fond de la « sublime » calanque de Sormiou que « quatre cents millions de mètres cubes d’eau douce transitent tous les ans dans le système karstique du Beausset » . De quoi noyer les pastis que le lieutenant Kubler s’envoie en bonne compagnie !!! Pas désagréable donc !

MARIE-JO DHO
Avril 2017

Karst, David Humbert
Editions Liana Levi 20 €