Vu par Zibeline

Gratuit ? C’est louche

 - Zibeline

L’Association des Professionnels de l’Information et de la Documentation proposait le 7 juin dernier à l’Alcazar une conférence du marseillais Félix Weygand, sur le thème : « Internet, le prix de la gratuité ». Si l’orateur admettait volontiers user de quelques tics professoraux (il enseigne à l’IRSIC) pour un préambule didactique à forte teneur en économie, ses intentions restaient louables : interroger quelques idées reçues sur l’univers numérique. Le premier leurre à ses yeux étant la dématérialisation : « l’immatériel est en fait industriel et énergivore, basé sur une électronique extrêmement polluante ». Pour éclairer le coût environnemental de nos recherches sur Google, ou de nos partages de vidéos sur Facebook, il cite le récent rapport de Greenpeace intitulé « How clean is your cloud ? » … Affolant. Tout comme la réalité de cette « économie basée sur la gratuité, mais où l’on parle de sommes colossales, et où l’enjeu est la privatisation de notre attention ». Ce qui se vend sur Internet, ce serait donc du temps de cerveau disponible, pour reprendre l’inénarrable expression de Patrick Le Lay ? Selon toute apparence, et la monnaie en cours, ce sont nos données, ce que l’on considérait comme notre vie privée jusque récemment. « Tout est est fait pour nous maintenir dans un écosystème parfait, souvent ludique, qui devance nos désirs, qui est mobile et illimité »… et dont on ne peut plus s’extraire sous peine de perdre ses propres données.

Deux versants donc pour l’Internet ? Un côté ombre et un côté lumière, une face payante et une face gratuite, sans que l’on sache vraiment laquelle finance l’autre ? Pour Félix Weigand, « La gratuité est le carburant de l’économie numérique, qui est un très gros véhicule. » Et quand un membre de l’assistance lui demande à quoi ressemblerait cette économie si la collectivité était aux manettes, et non les géants privés du web, il répond : « Lorsque le service public est rendu gratuitement, c’est  la fiscalité qui le finance, au nom de la répartition. Si l’on opte pour un financement privé de la gratuité, on en paye les conséquences d’une manière ou d’une autre. C’est une question que chaque citoyen doit se poser. »

Des pistes à explorer plus avant lors de la prochaine conférence du cycle « L’information, une nouvelle culture ? » le 25 octobre prochain, qui traitera du retour de l’utopie politique sur Internet, de l’open source et des modèles collaboratifs (l’intervenant n’est pas encore choisi).

 

GAËLLE CLOAREC

Juin 2012


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