Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Mon grand-père, une pièce de Valérie Mréjen, sculptée avec tendresse

Grand-père et gagne

• 20 mars 2018⇒22 mars 2018 •
Mon grand-père, une pièce de Valérie Mréjen, sculptée avec tendresse - Zibeline

Pour commencer, il faudrait égrainer tout ce que le ton (sa voix, ses intonations, son jeu, sa gestuelle) de Stéphanie Marc évoque. Douceur. Émotion. Justesse. Concentration. Tendresse amusée. Précision. Tenue devant le flot qui menace. Pour continuer, il faudrait nommer tout ce à quoi elle résiste : elle ne geint pas, elle n’accuse pas, elle n’en rajoute pas. Non, elle met en voix, en timides sourires et mouvements mesurés le flot de souvenirs familiaux que Valérie Mréjen livrait dans son texte Mon grand-père (1999). Le style de l’auteure-plasticienne-vidéaste est clinique. Pas de gras, rien ne dépasse, et les multitudes d’histoires accrochées à son arbre généalogique se répondent avec une sorte de frénésie calme aux allures de tempête qui couve. Poursuivons. Le metteur en scène Dag Jeanneret (Cie In Situ) nous fait progresser dans cet amoncellement de détails avec autant de légèreté que de gravité. Les deux termes ne sont pas antagonistes, puisque paroles de chansonnettes et vagues de suicides générationnels s’additionnent dans une sorte de ritournelle presque rassurante. Le grand-père, donc, trompe ses femmes avec cruauté et humour. La mère en a oublié d’être affectueuse, et multiplie les petites phrases assassines. « Elle me demanda si je m’aimais. [pause. Ressentir au plus profond avant de continuer] Je savais pas quoi répondre ». Stéphanie Marc a 8 ans, elle a l’âge aussi de se rappeler, elle est la Valérie d’aujourd’hui, elle s’étonne presque encore d’avoir survécu à tout cela. Le père, fantasque, cruel sans trop le savoir, les tantes, les cousins les cousines, les anodins les farfelus. Avançons encore. La comédienne est sans cesse occupée à préparer, dans un calme méticuleux, des toasts, une table pour quatre ; elle habille peu à peu la scène nue de bibelots au mur. Elle sculpte l’espace (scénographie idoine de Cécile Marc), elle bâtit son histoire au rythme de ses souvenirs. Les gestes sont canalisés, l’émotion reste tapie dans le kitsch du décor. « Je me suis cassé la nénette », disait la mère. On est arrivé. Tout est prêt. Au millimètre. Alors tout peut arriver.

ANNA ZISMAN
Décembre 2017

Mon grand-père a été joué à La Baignoire, lieu des écritures contemporaines à Montpellier, du 14 au 16 décembre, et sera repris dans la programmation de sortieOuest, du 20 au 22 mars à l’Église Saint Félix, Bayssan.

Photographie : Mon Grand-père © Christian Pinaud


sortieOuest
Domaine de Bayssan le Haut
Route de Vendres
34500 Béziers
sortieouest.fr