Vu par Zibeline

Deux films de Ramón Salazar et Jordi Cadena présentés lors du festival Cinehorizontes

Grand écart

• 14 novembre 2014 •
Deux films de Ramón Salazar et Jordi Cadena présentés lors du festival Cinehorizontes - Zibeline

L’avant-dernière soirée de CineHorizontes, le 14 novembre au cinéma Le Prado, a placé les spectateurs dans deux positions aux antipodes l’une de l’autre.

Le premier, 10 000 noches en ninguna parte présenté par le jeune  réalisateur Ramón Salazar est un film étrange et déroutant. Une sorte de puzzle où l’intelligence et la compréhension du spectateur sont sans cesse sollicitées. Au gré des pensées et des associations d’idées du  personnage central, sobrement interprété Andrés Gertrúdix, (distingué par CineHorizontes pour son interprétation) le spectateur est embarqué dans des allers-retours incessants entre passé et présent, réel et imaginaire. Le héros recompose son histoire pour revenir à une scène primordiale et traumatisante avec sa mère (Susi Sánchez, remarquable.) Il circule entre trois aventures, trois vies vécues ou qu’il aurait pu vivre, rêve ou réalité, dans des villes différentes. Dans Madrid, grise, triste, le héros et sa sœur se renvoient la garde d’une mère alcoolique. A Paris, il a peut-être une histoire amoureuse lumineuse dont le romantisme convenu fait douter de la réalité. A Berlin il mène une vie d’artiste, très libre avec trois partenaires, deux femmes et un homme, et on compte le temps non pas en jours mais en nuits : 10 000 noches en ninguna parte ! L’esthétique très soignée du film entraîne le spectateur qui, s’il se prête au jeu, compose son propre film dans ce tourbillon kaléidoscopique.

A 20 heures, le catalan Jordi Cadena a présenté La Por, adapté d’une nouvelle de Lolita Bosch, qui lui avait déjà fourni la trame de son film précédent, Elisa K.  La peur, c’est celle qu’inspire le père à son fils adolescent, à sa toute petite fille et à sa femme, victime de sa violence physique. Il suffira que ce père violent surprenne une velléité de révolte chez l’adolescent pour que le pire arrive. Il est sans aucun doute bon de revenir sur ce sujet glaçant. Il est nécessaire sûrement de rappeler que tous les milieux sont concernés – ici une classique famille bourgeoise. Ce problème a secoué l’Espagne dans les années 2004 (Zapatero avait promis que son premier projet de loi concernerait ce phénomène inquiétant) et Icíar Bollaín y avait consacré elle aussi un film, Te doy mis ojos.. Mais dans La Por, on suit, sans mystère,  le point de vue de l’adolescent, dans des  scènes souvent  trop appuyées et explicites. Toute la famille feint de dormir, le matin, en attendant le départ du père. Le cours de biologie de l’adolescent porte sur l’hérédité et un grain de beauté opportunément filmé en très gros plan, commun au père et au fils, interroge sur le poids de cet héritage. Un film trop linéaire, à une exception près : une scène d’enterrement interrompt la chronologie pour en annoncer l’issue.

Le spectateur ayant enchaîné La Por et 10.000 noches en ninguna parte aura fait un grand écart entres ces dispositifs radicalement différents.

ANDRE GILLES
Novembre 2014

Photo : 10 000 noches en ninguna parte
Crédit : Elamedia

http://horizontesdelsur.fr/cpt_actu/cinehorizontes-13e-edition/


Horizontes del Sur
6-8 rue de Provence
13004 Marseille
04 91 08 53 78
http://www.horizontesdelsur.fr/