Myriam Barbaux-Cohen révèle Enrique Granados dans un très bel album

Granados intimeVu par Zibeline

Myriam Barbaux-Cohen révèle Enrique Granados dans un très bel album - Zibeline

On croit bien connaître l’œuvre d’Enrique Granados : ses sublimes Goyescas, ses Danzas Españolas ou encore ses Escenas Romanticas, qui ont souvent fait le sel de récitals pianistiques hauts en couleurs. Rien de tel, en effet, qu’une pièce du compositeur catalan pour convoquer un imaginaire de la danse, dont la vivacité et le sens du mouvement semble les ressorts principaux. On ne retrouvera pas dans ce premier enregistrement de Myriam Barbaux-Cohen cet exotisme somme toute douteux. La pianiste, française expatriée à Francfort, a vraisemblablement à cœur de ne jamais mener l’auditeur où il l’attend. Cette démarche, tout à son honneur, se ressent jusqu’au choix des œuvres interprétées. Le Libro de Horas, les Valses íntimos, les Escenas poeticas et les Valses poeticos ne font en effet pas partie des tubes de Granados. Et pourtant : difficile de se remettre de l’ébranlant Al suplicio, où s’échappe des imposants blocs graves un chant de plus en plus contraint. Difficile, également, de nier la puissance d’une écriture toujours évocatrice, narrative mais somme toute peu folklorisante. L’art de la couleur y demeure admirable, tout comme l’inventivité thématique. La tendresse du Cadencioso, d’une Berceuse ou de Melodico font également montre d’une sensibilité que n’aurait pas renié l’Europe orientale. Myriam Barbaux-Cohen sait également se faire grandiose : sur un bref Vivace molto aux accents hardis, et surtout sur un Allegro de concierto trépidant. Mais l’intérêt de ce très bel album réside ailleurs : là où d’autres miseront plus volontiers sur une virtuosité souvent factice, la pianiste préfère souvent prendre son temps et laisser à chaque œuvre le temps d’imprimer sa marque. Et elle a bien raison !

SUZANNE CANESSA
Juin 2020

Myriam Barbaux-Cohen
Enrique Granados
Disponible chez Ars Produktion