Vu par ZibelineLa 5e édition de la Nuit du Piano à l’Opéra de Toulon, dédiée à Beethoven

Gourmandise viennoise

La 5e édition de la Nuit du Piano à l’Opéra de Toulon, dédiée à Beethoven  - Zibeline

Pour sa 5e édition, la Nuit du Piano n’a pas hésité à programmer cette année en quasi intégralité un florilège des œuvres de l’illustre Ludwig Van Beethoven, natif de Vienne il y a 250 ans et dont le nom est associé à la quintessence du style classique. Nul ne pourra dire si c’est la qualité d’écriture ou les différents talents des interprètes qui emplirent la salle le 8 février, mais force est de constater que l’Opéra de Toulon qui accueillait une fois encore la manifestation, programmée dans le cadre du Festival de musique Toulon et sa région, était plutôt bien rempli pour ce qu’il est convenu d’appeler désormais le marathon pianistique de l’année : c’est dire l’aura inaltérable de ce génie de la première école viennoise auprès des mélomanes. Pour débuter, les étudiants de L’IESM d’Aix-en-Provence investissaient la scène en guise de « mise en oreille »: Olga Bondarénko s’emparait de la fameuse Sonate n°13 « Quasi una fantasia » avec une verve éloquente lors du deuxième mouvement, suivi par le Trio Gabbiano qui interprétait lui les deux premiers mouvements du Trio en do mineur, Op.1 n° 3 de fort belle tenue. Sans doute stressés par l’enjeu, Louise Ragu, Nour Lakis et Andréa Pron livraient une version policée de cette musique, là où l’on aurait aimé un jeu peut-être plus habité et expressif. 

Premier soliste à fouler les planches après cette introduction, Igor Tchetuev emplissait l’espace de sa sonorité dense et tranchante qui explosait littéralement dans la Sonate « La tempête » n° 17 en ré mineur, Op.31 n° 2. Un typhon soufflait sur les auditeurs à l’image de l’ébouriffant Rondo « Colère pour un sou perdu » en sol majeur, Op.129 qui venait ensuite. S’emparant à son tour du clavier, Tanguy de Williencourt ouvrait son premier programme par les Variations op.27 de Webern d’une précision chirurgicale. Suivait la Sonate « Pathétique » n° 8 en do mineur, Op.13 où le pianiste ramenait son auditoire en territoire familier, réussissant à surprendre grâce à un jeu au legato fluide dévoilant une mécanique de haute précision. 

 

Florian Noack © Danilo Floreani

 

Essuyant d’un revers la tempête sous le crâne à l’imagination débordante d’un Schumann improvisant des Études en forme de variations d’après la 7e Symphonie de Beethoven, WoO.31 Florian Noack créait la sensation. Son jeu ample et majestueux faisait résonner avec éloquence les cloches de la Sonate « Les Adieux » n° 26 en mi bémol majeur, Op.81. Revenant par deux fois occuper la scène en compagnie de la violoniste Fanny Clamagirand, I. Tchetuev révelait aussi d’évidentes qualités de chambriste dans ce duo à l’éloquente complicité : dans la Sonate “Le Printemps” n° 5 en fa majeur,, Op.24, ils mettaient en évidence un savant jeu d’écriture en imitation en se répondant l’un et l’autre avec grâce et équilibre. Un peu plus tard dans la Sonate « À Kreutzer » n°9 en la majeur, Op.47 , porté par le pianiste, la violoniste atteignait des sommets : dans un rôle plus important, sa sonorité brillait d’une rare expressivité grâce à un coup d’archet remarquablement précis emballé dans un vibrato impeccable. Pour sa deuxième apparition, T. De Williencourt rendait encore un hommage appuyé à la seconde École Viennoise en s’emparant avec gourmandise de la Sonate, Op.1 d’Alban Berg qui paraissait étonament post-romantique dans ses élans lyriques mahlériens. Il terminait sa prestation en créant la surprise avec une Sonate « Au clair de lune » d’anthologie : le premier mouvement enchantait par son tempo rubato des plus captivant tandis que le dernier mouvement était joué dans un élan de virtuosité sidérant. Y répondant à son tour, F. Noack impressionnait également les amateurs de fin de soirée avec la Sonate n°2 en fa majeur, Op.33 de Muzio Clementi, et la transcription non moins monumentale du 1er mouvement du Concerto n°3 en ut mineur par Charles-Valentin Alkan. Trop souvent délaissés, ces joyaux du répertoire donnaient une saveur testamentaire à cette soirée pour pianophiles beethovéniens avertis.

ÉMILIEN MOREAU
Février 2020

La Nuit du piano a été donnée le 8 février à l’Opéra de Toulon dans le cadre du Festival de musique de Toulon et sa région

Photo : Fanny Clamagirand © Laetitia Carette

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