Vu par Zibeline

« Aix en juin » place sous les sunlights des artistes en herbe

« Golden Vanity et autres récits »

• 20 juin 2014 •
« Aix en juin » place sous les sunlights des artistes en herbe - Zibeline

Porter à la scène un opéra comme The Golden Vanity de Britten n’est pas chose aisée quand on sait que l’opus a été écrit à la mesure des voix d’enfants si bien formées outre-Manche et créé en 1967 par les Wiener Sängerknaben l’un des plus prestigieux chœur d’enfants au monde. De plus, la partie pianistique qui accompagne les chanteurs s’avère particulièrement dissonante, polytonale (écrite à l’image des deux bateaux ennemis les Golden Vanity et Turkish Galilee qui s’affrontent dans le livret), si bien que cela aide peu les artistes, surtout s’ils sont « en herbe » et que, de surcroît, ils s’appliquent à suivre le réglage minutieux d’une mise en espace.

C’est dire si le projet du service éducatif du Festival d’Aix et « d’Opéra à l’école » de la ville de Gardanne était ambitieux, en plaçant sous les sunlights des bambins de CE2, CM1 et CM2 de l’école Albert Bayet et des ados de 5ème des Classes à Horaires AMénagés (CHAM) du Collège Longchamp de Marseille.

Sous la houlette d’Anne Périssé dit Préchacq (direction musicale), de Sybille Wilson (mise en scène) avec au piano Frédéric Isoletta, la jeunesse sur scène a été à la hauteur des attentes placées en elle, dans la rigueur et le respect d’une œuvre fondue harmonieusement à d’« autres récits ».

Inspiré d’une ancienne ballade anglaise, le spectacle narre les tribulations d’un jeune mousse héroïque, trahi par son capitaine, abandonné et noyé après qu’il a percé un trou dans la coque du bateau adverse. On a suivi l’aventure, au site-mémorial du Camp des Milles (lieu chargé d’un passé particulièrement propice à traiter du thème de l’exclusion), impressionnés par le travail accompli et la qualité obtenue. Les voix ont joliment tintinnabulé dans l’aigu, les corps, distribués par groupes mouvants, formé dans un espace bien dessiné des tableaux éloquents, parfois accompagnés d’instruments joués par de jeunes solistes… et où chacun (ce n’est pas la moindre des vertus) selon ses aptitudes, a pu trouver sa place.

JACQUES FRESCHEL
Juillet 2014

Photo : J.F