Jean Pierre Vincent amène Godot sur la scène du Gymnase : chapeau (melon) !

Godot, le retourVu par Zibeline

Jean Pierre Vincent amène Godot sur la scène du Gymnase : chapeau (melon) ! - Zibeline

Tout y est encore, plus que jamais et comme jamais : l’arbre mort, la route déserte, la lune dans le ciel vide, Vladimir, Estragon, le savoir-faire du trio Chambas/Chartreux/Cauchetier et la tranquille assurance de Jean-Pierre Vincent qui pour ses 50 ans de théâtre nous amène son Godot sur la scène du Gymnase. Pour sa première rencontre avec Beckett, le metteur en scène nous livre une pièce solide, ancrée dans une histoire de la représentation mais prête à rouler encore comme le rocher ( imaginer Sysiphe au repos ?) contre lequel va se lover Estragon ; écrite en 1948 et classée dans la catégorie flottante de l’Absurde magistralement évacué ici, l’œuvre semble renaître, toute fraîche de la proximité avec sa source, entre existentialisme et humanisme. Jean-Pierre Vincent s’appuie sur une dualité simple « très sombre et pleine de lumière ; immobile et pleine d’actions; triste mais qui atteint des sommets de drôlerie burlesque » pour mettre en branle des comédiens vivants, très vivants à la diction claire (on croit n’avoir jamais entendu ce texte-là) et à la gestique référencée ( trop évident appel aux burlesques américains peut-être…) qui semblent affirmer une résistance à toutes les fins du monde convoquées en boucle ; à la question de Pozzo (Alain Rimoux), redoutable capitaliste à col de fourrure et gros cigare : « Qui êtes-vous ? » Vladimir (Charlie Nelson) peut répondre fermement en pleine littéralité justement « Nous sommes des hommes » et ce n’est pas la fragilité tout en nuances d’ Abbès Zahmani (Estragon) qui peut le démentir ; lorsque Lucky (Frédéric Leidgens, impeccable dans son silence comme dans sa parole) au milieu de la pièce malaxe son monologue chaotique c’est bien la condition humaine que l’on entend…et que le public spontanément applaudit !
Errance, vide, bien sûr mais bien terrestres et incarnés comme les trous de mémoire sont après tout signes de sénilité …On sent bien que la fin de partie est pour demain mais en attendant… chapeau (melon) monsieur Vincent !
MARIE JO DHO
Avril 2015

En attendant Godot de Samuel Beckett mis en scène par Jean Pierre Vincent a été créé au Théâtre du Gymnase le 14 avril

 

Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre Français
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/