Vu par ZibelineGloria Mundi, la dernière tragédie de Robert Guédiguian, en salles le 27 novembre

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Gloria Mundi, la dernière tragédie de Robert Guédiguian, en salles le 27 novembre - Zibeline

En 2017, Robert Guédiguian nous avait confié qu’il préparait une comédie (écouter notre entretien ici). Et c’est une tragédie qu’il a présenté à la Mostra cette année, le plus noir de ses films sans doute, (Sic transit) Gloria Mundi, tourné avec toute sa tribu. Un film choral où il campe deux générations entre lesquelles rien ne passe. Les « vieux » ne croient plus à leurs engagements passés. Richard (Jean-Pierre Darroussin) conduit son bus, le 35, qui va à l’Estaque. Sa femme Sylvie (Ariane Ascaride qui a obtenu pour ce rôle la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à La Mostra), usée, travaille comme femme de ménage sur les bateaux et ne croit plus à la lutte collective, refusant de faire grève. Les deux filles sont très différentes et ne s’entendent pas du tout. L’ainée, Mathilda (Anaïs Demoustier) vient d’accoucher d’une petite Gloria. Superbe séquence initiale où le cinéaste rend hommage à Pelechian (Kyang/Life). Mathilda n’a que des emplois à l’essai et reproche cette vie médiocre à son mari, Nicolas (Robinson Stévenin) chauffeur Uber, qui n’arrive pas à rembourser ses dettes. « Tu crois que j’ai le temps de t’aimer ? On est des moins que rien », lui lance-t-elle. La cadette, Aurore (Lola Naymark), égoïste et vulgaire, qui veut se faire filmer dans ses ébats intimes, est marié à Bruno (Grégoire Leprince-Ringuet) commerçant cynique pour qui rien ne compte plus que l’argent : dans leur dépôt-vente, on arnaque les pauvres. Et puis, il y a Daniel (Gérard Meylan) le premier mari de Sylvie, père biologique de Mathilde, incarcéré à Rennes depuis des années à qui on annonce qu’il est grand-père. Libéré, il revient dans sa ville pour voir sa petite-fille et ne reconnait plus cette société où entraide et solidarité ont disparu. Il se retrouve dans une ville où les immeubles ont été laissés tels quels et se sont dégradés. Pour échapper à l’enfermement, il faisait des haïkus et dehors, comment retrouver une place ? À travers ses déambulations, c’est un Marseille que Guédiguian n’a pas souvent filmé que nous découvrons, La Joliette avec son quartier d’affaires et ses deux tours, plans récurrents, symboliques de l’ultra libéralisme qui détruit tout. Et sur le port, des tentes de réfugiés que semblent ne pas remarquer la guide et ses touristes.

Guédiguian est en colère – « Je voulais faire une sorte de constat de l’état de guerre dans lequel on est, de tous contre tous. » – et cela se voit !

Ce film, tel un cri d’alerte, ne peut finir que dans la violence. On en sort sous le choc !

ANNIE GAVA
Novembre 2019

Gloria Mundi, de Robert Guédiguian, en compétition à Cannes et à Venise, est en salles depuis le 27 novembre (1 h 47)

Photo © Ex Nihilo