FIDMarseille 2020 : un très beau film féministe, Gli appunti di Anna Azzori, en compétition internationale

Gli appunti di Anna AzzoriVu par Zibeline

FIDMarseille 2020 : un très beau film féministe, Gli appunti di Anna Azzori, en compétition internationale  - Zibeline

Un prénom : Anna comme la muse de Godard. Un film trouvé dans les archives du cinéma l’Arsenal à Berlin. Celui de Grifi, cinéaste underground des années 70 et la volonté de Constanze Ruhm de rendre nom, voix, corps, à une jeune femme enceinte, toxicomane, rencontrée par Alberto Grifi et Massimo Sarchielli sur la Piazza Navone : Anna Azzori. Une jeune femme devenue l’objet du doc de ces « deux mecs vieillissants ». Ce sera donc Gli appunti di Anna Azzori, « une version féministe » du film original dont la réalisatrice a pu consulter les chutes.

Pas un film sur le film mais un autre film qui ferait d’Anna l’actrice de sa propre vie : que dit cette jeune femme à celles d’aujourd’hui ?

Anna demande à Grifi une plume de son chapeau ou une plume pour écrire son histoire ? Penna/pen, plume ou stylo ? Un visage se crayonne sur une page de carnet et sur le paysage un grand panneau publicitaire vierge propose à notre sensibilité et notre imagination son grand rectangle blanc. Gli appunti di Anna est un film de montage, de résonances, de voix qui s’entremêlent : « un miroir qui voyage dans le temps » comme précise le titre complet. Mais une oreille aussi. Les beaux slogans féministes de ces années-là claquent, toujours justes : « Pas de révolution sans libération de la femme. Pas de libération de la femme sans révolution ! »

Aux courts extraits du film de Grifi, se juxtaposent, se superposent, s’interposent le casting de Constanze pour incarner Anna, les images d’archives des luttes féministes, mais aussi celles de la Daphné du Bernin figée dans le marbre à la Villa Borghese -Le Bernin qui signe les fontaines de la piazza Navone où tout a commencé-, la re-création du mythe de la jeune nymphe transformée en laurier pour échapper au viol d’Apollon, une séquence de jeu vidéo, des mises en scène posées, des mouvements de foule et des instants arrêtés. Il suffit de changer de fréquence comme à la radio. Un grésillement et on accède à un autre temps, à d’autres formes. Comme les questions éthiques du documentaire, la forme est au cœur du propos : il y a métamorphose. Une métamorphose réversible : de l’humain à la chose, de la chose à l’humain.

JPR affirmait que la 31e édition du Fid était résolument féminine. Présenté en compétition internationale, ce film entre autres, conforte cette déclaration, s’achevant dans un chœur de femmes par un murmure qui devient grondement et répète ad libitum : Nous n’avons pas peur, nous n’avons pas peur.

ELISE PADOVANI
Juillet 2020

Photo : -c- Contanzefilm

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