Le  Festival International de Cinéma  s’est tenu à Marseille du 19 au 25 juillet 2021

Glaner au FIDVu par Zibeline

Le  Festival International de Cinéma  s’est tenu à Marseille du 19 au 25 juillet 2021 - Zibeline

111 films venus de 35 pays. Tant de films ! Comment choisir ? Par un titre ? Un thème ? Un pays ? Un cinéaste ? Pourquoi ne pas partir au hasard, suivre une grande route, un petit sentier, un chemin de traverse, glanant des images, des paroles, des musiques au fil des jours… Images qui illuminent la journée, images qui étonnent, déroutent. Images qui font ressurgir des souvenirs, rêver à des ailleurs. Au fil des jours…

Mardi 20 juillet

Sur le sable, des ombres, des vestiges du présent, un sac à carreaux rouges, un rhinocéros qui dit un poème par jour, une histoire de cirage non adapté à des pantoufles, une voix qui ne trouve rien d’intelligent à dire à quelqu’un qui s’en va. Un bélier dans le délicieux conte de Mili Pecherer, Tsigele-Migele.

Pa Va Heng@ Punchline cinéma

Un village en plein cœur du Vietnam. Gestes du quotidien, coupe du bois, toilette au bord de la rivière au son des haut-parleurs dictant les exercices nationaux. Au loin, la jungle luxuriante où Liem et ses amis revivent la retraite ancestrale, se débarrassant de la poussière de la vie moderne. Pièges qu’on pose sur les rivières. Cris et chants d’oiseaux se mêlant aux conversations des hommes. Feuilles délicatement éclairées dans la nuit et magie du petit matin silencieux. Une plongée dans la vie et la culture Sédang que nous propose Franziska Von Stenglin dans Pa Va Heng (The Dust of modern life).

Mercredi 21

Apichatpong Joe  Weerasethakul @ A .G .

Un voyage au pays de Joe, Apichatpong Weerasethakul. Une leçon de cinéma et de vie, généreuse, intime. Les photos d’enfance, lui, ses parents et l’hôpital où ils officiaient à Khon Kaen, sa ville natale ; les patients qu’il y croisait qui lui ont appris le Temps, le microscope qui lui a donné envie de jouer avec la lumière et le stéthoscope avec les sons. Ses cassettes VHS qui lui ont permis de découvrir les films européens invisibles en Thaïlande –La Dolce Vita ou La dernière tentation du Christ– et ses livres, éclectiques, de la SF au bouddhisme. La statue de Sarit Dhanarajata, motif récurrent dans ses films, et celles du temple de Sala Keoku, sortant de l’ombre dans les lumières éphémères de son installation Fireworks (Archives) en 2014. Le sommeil et le rêve avec le Sleepcinemahôtel à Rotterdam, l’hôtel du cinéma endormi et son Livre d’Or du rêve. Le plateau de son dernier film, Memoria (Prix du Jury à Cannes cette année), film qui renvoie à la mélancolie du monde, tourné en Colombie mais résonnant avec le pays de ce grand cinéaste auquel le FID a remis un Grand Prix d’Honneur.

Penelope mon amour@ Tamara Films

Un autre voyage, auprès de ceux qui sont différents. Pénélope, la « mission » de Claire Doyon. L’hyperactivité de cette petite fille. Un diagnostic terrible : autisme et Syndrome de Rett, qui altère le développement du système nerveux central. Le refus de la mère d’accepter l’inéluctable et son combat pour donner à Pénélope une vie un peu comme les autres.Des consultations de spécialistes, à Mulhouse, New – York. Un périple  au pays des chamans guérisseurs en Mongolie et même la création d’une école : MAIA, la  Maison pour l’apprentissage et l’insertion des enfants avec autisme. Pénélope mon amour, un documentaire émouvant et sensible. Prix Georges de Beauregard National et Prix Renaud Victor (Jury : 20 détenus du centre pénitentiaire des Baumettes)

Jeudi 22

« On s’occupe des papiers, on s’occupera après de l’amour »  Strasbourg qu’on ne voit pas. Un huis clos dans l’étude de trois avocates, Christine, Nohra et Audrey, compétentes en droits des étrangers. Rendez-vous avec des hommes, des femmes aux vies suspendues à des décisions de justice. Dossiers empilés qu’on ressort, à défendre, malgré les difficultés. Stagiaires aux tâches répétitives mais indispensables. Un quotidien difficile et harassant. Portrait en creux des juges, dont dépendent ces hommes, venus d’ailleurs, en France depuis longtemps mais à quel prix ? « En droit des étrangers, on s’habitue au pire » conclut l’une des Maîtres du documentaire de Swen de Pauw

Ire@ Gaïjin

Des yeux de femmes en gros plans. Cinquante. Des regards qui interpellent et des voix de guerrières qui crient leur indignation. Anaphores dénonçant toutes les oppressions. « Je suis celle qui laisse ses enfants seuls, dans un pays que vous avez détruit à grands coups de démocratie. Celle qui fait le ménage dans vos maisons sans âme. Celle qui ramasse vos poubelles… Je suis celle qui tombe et qu’aucun de vous n’aide à se relever… » Un court film en 4 versions, 4 langues. Un cri universel. Ire, un film coup de poing de Valérie Massadian dont la dernière image, une femme enceinte, nue, porte celle, « pas encore née, mais déjà en colère ». 

Vikken@Tangente Distribution

Un ballet de drag kings mimant les gestes des hommes. Une voix qui, de la mythologique Cénis devenue Cénée à Jeanne d’Arc, nous rappelle le passage d’un genre à l’autre. Les voix de Vikken qui disent sa souffrance d’avoir dû subir ce qu’imposait la loi pour avoir le droit de choisir son sexe. Son adieu à Véronique, la femme qu’il a été pendant 29 ans. « Véronique, le prénom qu’on m’a donné, et Vikken le garçon que je suis .» Vikken Dounia Sichov nous fait partager sa révolte devant cette injustice. Prix du Public

Lents plans-séquences au dessus de La Rouguière, caressant les immeubles de cette cité de Marseille, terre d’accueil  de ceux qui venaient d’Algérie. Récits de vie d’hommes et de femmes qui y ont vécu, en sont partis. Arrivées et départs. Récits de mort aussi : la drogue, la maladie. Retours de fantômes. Après Le Jardin d’essai, le nouveau film de Dania Reymond-Boughenou, La Constellation de la Rouguière, un des projets sélectionnés dans le programme Parallèles du Sud de Manifesta 13 Marseille  co-produit par Cinémas du Sud /Tilt.

S’élevant dans le ciel de Bruxelles, des grues. Une caméra qui parcourt lentement un chantier désert. Et une voix, celle d’un Egyptien né en 1989, venu en Europe en 2015. Une voix qui témoigne : son travail sous-payé, ses nuits enfermées sur le chantier, dans le froid. Voix qui dit ses accidents de travail, ses humiliations, ses souffrances, les menaces de mort de son patron, sa peur. Un procès verbal d’audition d’un inspecteur social, glaçant, que met en lumière et en voix Jorge Léon dans Under Construction.

Vendredi 23

La Colline@ Les autres films

Trois jeunes Marseillais, Matteo, Ilan et Mélisande, en vacances à Martigues. Une jeune voisine, parisienne, Solène. Insouciance de l’été. Rire éclatant de Mélisande crevant l’écran. Du haut d’une colline, au coucher du soleil, un paysage d’usines, de cheminées, crachant leurs fumées, grises, blanches, noires, jaunes, une « symphonie de couleurs ». Une torche dont la lumière brûle la nuit. La prise de conscience, soudain, que la nature est dévastée, que l’Homme est en danger. Un collage d’affiches nocturne pour réveiller. Fallen, le rap décapant d’Ilan et la chanson de Melisande au milieu des Oursinades. La Colline, un film de Julien Chauzit qui nous raconte une prise de conscience écologique et politique de la jeunesse. Mentions spéciales Marseille Espérance et Lycéens

Samedi 24

Husek @ Vista Sur Films

Un essaim dans un arbre qu’un grand-père et son petit-fils enfument. Des tranches de miel qu’ils découpent. Des gestes ancestraux. La forêt qu’on a déboisée pour planter. Un conducteur de tracteur qu’on chasse à coups de pierre. Une résistance au dessein du pouvoir local pour s’approprier les terres de la communauté Wichí. Un projet de construction de maisons dont elle ne veut pas. Et entre le marteau et l’enclume, Ana, une jeune architecte, qui se rend sur place et prend conscience de ce qu’on veut lui faire construire. Husek de Daniela Seggiaro, originaire du Chaco en Argentine, un film entre deux langues, l’espagnol et le Wichí Lhamtés, entre fiction et documentaire, sur deux mondes qui ne se comprennent pas. Mention Spéciale Georges de Beauregard International

Dimanche 25

Soirée où l’on se dit au revoir, après ce temps partagé, comme écrit sur le message envoyé par Joe, lu par Jean-Pierre Rehm, délégué général. Soirée longue de plus de trois heures où jurys et lauréats ont parlé de leur semaine à Marseille, de leur plaisir de partager films et rencontres.

Prix  du 32e FID

Grand prix de la Compétition internationale : Haruhara san’s recorder de Kyoshi Sugita (Japon) et prix d’interprétation pour Chika Araki                                                                                      Prix Georges de Beauregard international : Saturn and Beyond  de Declan Clarke (Irlande)                                                                                                                                                                                         Prix d’Interprétation international : Attila Meste de Segonzac dans Jojo d’Antoni Collot (France)
Grand prix de la Compétition française : Appuyé au mur de Jacques Meilleurat
Prix Georges de Beauregard national : Pénélope mon amour de Claire Doyon
Prix d’Interprétation national : Pierre -Edouard Dumora dans Le Transformateur
Prix Premier et Prix Marseille Espérance Lèv La Tèt Dann Fénwar d’Erika Étangsalé (France)
Prix d’Interprétation Premier : Eva Sommer dans Beatrix de Lilith Kraxner et Milena Czernovsky (Autriche)
Prix du centre National des Arts Plastiques (CNAP) : Lumbre de Santiago Mohar Volkow (Mexique)                                                                                                                                                                        Prix de la Compétition Flash : La Sangre es blanca d’Óscar Vincentelli (Espagne, Venezuela)
Prix Alice Guy : Podesta Island de Stéphanie Roland (France Belgique)
Prix des Lycéens : Le Poireau perpétuel de Zoé Chantre (France) Lire entretien ici https://www.journalzibeline.fr/programme/reve-de-poireau/
Prix du Groupement National des Cinémas de Recherche (GNCR) : Juste un mouvement  de Vincent Meessen (Belgique)

ANNIE GAVA

Juillet 2021

Photo Long Live:  Capture d’écran @A.G .

 

 

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