Vu par Zibeline

Give me Liberty, une comédie déjantée sur le rêve américain

Give me Liberty

• 18 septembre 2019, 6 juin 2019 •
Give me Liberty, une comédie déjantée sur le rêve américain - Zibeline

A lire le synopsis de Give me Liberty nous annonçant qu’on va suivre la journée d’un conducteur de bus transportant des handicapés, sur fond de manifestations dans les quartiers chauds d’un bled glacé du Wisconsin, qu’il y sera question de la rencontre des communautés afro-américaine et biélorusse du coin, avec en sus un enterrement, on ne s’attend guère à rire autant ! Pourtant, on sort de la projection le cœur léger et les côtes secouées. Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs 2019, ce 2è long métrage de Kirill Mikhanovsky co-écrit avec Alice Austen, se nourrit de l’expérience du réalisateur qui, à son arrivée aux USA, a vécu de petits boulots. Son « héros » Victor, américain d’origine russe comme lui, vit chichement à Milwaukee en faisant le taxi sanitaire. Il s’occupe avec attention de son grand-père sénile, de ses clients réguliers dont un tétraplégique noir, amoureux inconditionnel de la vie, lui prodiguant tout au long du film des conseils paternels et philosophiques.

Dans la routine des accompagnements, la mort d’une vieille voisine, l’absence de taxi pour emmener ses amis aux funérailles et l’irruption de Dima, prétendu neveu de la défunte, escroc sympathique et parasite joyeux, vont faire basculer la journée de Vic dans le chaos complet. « Trop » serviable, il accepte d’entasser tout le monde dans son minibus et de faire un crochet par le cimetière, creusant son retard dans le planning au fur à mesure que les embûches se dressent sur son parcours. La comédie prend alors des allures de course contre la montre car le licenciement menace Vic et chacun des « transportés » a une activité, un but, un RV, une bonne raison qui lui semble prioritaire, une exigence égoïste. L’obèse, la candidate à un concours de chant, la belle, râleuse, pugnace, Tracy Holmes atteinte de la maladie de Lou Gehrig.

Les gags s’enchaînent. Le rire décapant reste tendre, sans concession mais sans méchanceté. Acteurs de métier et non professionnels se mêlent pour faire vivre avec une grande justesse des personnages également attachants par leur humanité, leur authenticité. La caméra nerveuse virevolte, entraînant le spectateur dans le tourbillon, jusqu’à se renverser dans une émeute. Ou s’attarde aux scènes de repas-fusion entre cuisine juive et cajun, chants slaves et rap, folklore biélorusse et américain, car on finit toujours par partager une table et chanter ensemble. Il s’agit de vivre de la meilleure façon possible, comme l’affirme l’ami tétraplégique de Vic. Sans les approcher de front, le film aborde par petites touches les problèmes sociaux et raciaux de l’Amérique mais surtout nous parle du « Rêve américain » et de cette liberté que tant d’exilés veulent trouver. Le réalisateur croit que ce rêve-là n’est pas mort comme on l’affirme. Il existe toujours, trimballé dans les bagages de ceux de tous horizons qui arrivent aux Etats-Unis. Mais ce n’est pas le pays qui le leur offre, c’est eux qui l’offrent au pays.

ELISE PADOVANI
Mai 2019

Le film sera projeté à l‘Alhambra dans le cadre de la reprise de La Quinzaine des Réalisateurs, le 6 juin à 16h30. NE LE RATEZ PAS !

Photo : Copyright DR


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