Giono entre les lignes, 3 jours au Mucem

Giono, de verbe et de chairLu par Zibeline

• 6 décembre 2019⇒8 décembre 2019 •
Giono entre les lignes, 3 jours au Mucem - Zibeline

Parmi les nombreux événements organisés autour de l’exposition Giono, une proposition littéraire alléchante : Giono entre les lignes, trois jours pour explorer l’univers et les écrits de l’écrivain manosquin

La langue de Giono, intense, charnelle, est une langue à lire. À dire aussi. Et à entendre. C’est pourquoi Feodor Atkine conseille au public de fermer les yeux pendant qu’il lit, une heure durant, des extraits de Colline. Il serait tentant de suivre son conseil en se laissant aller à la cadence des phrases, à la sensualité sauvage des descriptions, à ce style si particulier que la voix et le rythme du comédien subliment. Ce serait pourtant dommage d’ignorer ses mains : elles dansent, elles scandent, comme si le texte était une partition à déchiffrer, à dompter… afin de rendre plus sensible encore « la grande force de la terre ». Remarquable prestation, longuement applaudie, de celui qui confie avoir été « révélé à la littérature par Giono ». Et pour l’auditoire, une véritable immersion dans le texte, dont on redécouvre avec délices la puissance fauve et poétique.

Autre temps fort de la séance de lecture : celui que propose Marie-Hélène Lafon en clôture de la manifestation. Suivant l’axe du (des) désir(s), elle a choisi – non sans frustration, il y aurait tant à lire – des extraits de Pour saluer Melville, de Jean le Bleu et de Solitude de la pitié. Quête de l’inatteignable, frémissements adolescents, soif de lecture guidée par la voix de l’homme noir, attente tapie de l’amoureux… autant de facettes du désir inextinguible et de la force vitale qui irriguent toute l’œuvre de Giono. Une lecture ardente, tranchante, à l’aune d’« une langue qui fouille », qui explore « la viande », terme dont la latiniste chevronnée a rappelé plus tôt l’étymologie : « vivenda », ce qui permet de vivre.

Tables rondes

S’ils avouent avoir découvert tardivement Giono (elle) ou n’en avoir qu’une connaissance lacunaire (lui), Emmanuelle Pagano (1er prix du roman d’écologie pour Sauf riverains, le tome 2 de sa Trilogie des rives, paru chez POL) et Sylvain Prudhomme (Prix Femina 2019 pour Par les routes ) s’accordent à souligner leur éblouissement à la relecture de ses textes. Tous deux disent l’extrême acuité d’un auteur qui habite l’instant, affirme la présence des choses, avec une écriture qu’Emmanuelle Pagano qualifie de « physiologique ». Écrire la « difficile rencontre entre l’homme et la nature », « essayer de retrouver un accord avec le monde », tels sont, selon eux, les objectifs de Giono. Rien à voir avec un quelconque pittoresque provençal.

Cette notion de « corps à corps » avec le monde, Emmanuelle Lambert (commissaire de l’exposition et autrice primée de Giono Furioso ; lire journalzibeline.fr) la rappelle, comme elle redit la force du désir de vie à l’œuvre chez Giono. Une « lutte contre la fixité » qu’elle a essayé elle aussi de mener en proposant, au fil de son texte comme dans le parcours de l’expo, des chemins buissonniers. Marie-Hélène Lafon, elle, dit s’être réjouie de découvrir, jeune fille née dans une famille d’agriculteurs, que « le regain pouvait être matière à livre. » Pour elle, Giono, « ça commence comme ça ». Mais « le pays de Giono est assez grand pour que tout le monde l’habite », soutient-elle. Alors bienvenue dans un univers libre, traversé de désirs, et qui regarde la mort en face.

Spectacle

Bienvenue également à un nouveau Grand entretien du XXe siècle. À l’heure où les émissions littéraires ont presque disparu des petits écrans, il est drôle d’en retrouver l’ambiance grâce au trio Clément Beauvoir, Olivier Berhault, Fanny Zeller. Pas besoin de grosses lunettes pour figurer Duras, ni de pipe pour Giono. Ce qui compte, ce sont leurs mots, que le spectacle, vif, touchant parfois, restitue à partir de montages d’interviews. La parole dans son immédiateté, avec ses lapsus, ses digressions, ses hésitations, ses pauses. On y parle littérature évidemment, mais aussi famille, vie quotidienne… tout ce qui donne chair au verbe finalement !

FRED ROBERT
Décembre 2019

Giono entre les lignes a eu lieu au Mucem, du 6 au 8 décembre

Photo : Emmanuelle Lambert (au milieu) et Marie-Hélène Lafon (à droite) © F.R_

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