Retour sur le film de Mohamed Malas, Une Échelle pour Damas, projeté aux Rencontres internationales des cinémas arabes

Ghalia, Zeina et les autresVu par Zibeline

• 8 avril 2014⇒13 avril 2014 •
Retour sur le film de Mohamed Malas, Une Échelle pour Damas, projeté aux Rencontres internationales des cinémas arabes - Zibeline

Ghalia, jeune femme de vingt ans, est habitée par Zeina qui, au même âge, s’est jetée à la mer, à Tartous. C’était le jour de sa naissance et Zeina ne l’a jamais quittée. Venue à Damas pour une audition, tout de blanc vêtue, c’est l’histoire de Zeina qu’elle joue et Fouad est fasciné par sa dualité. «Je sens un film à l’intérieur de toi» lui dit-il. Incarnation du réalisateur, Mohamed Malas qui, dans Une Échelle pour Damas, s’attache à l’intériorité de ses personnages. Et c’est en filmant à l’intérieur d’une ancienne maison où cohabitent de jeunes intellectuels, venus de différentes régions de Syrie, qu’il parle de  ce que vit son pays. Ghalia décide de venir habiter à Damas et Fouad, que tout le monde appelle «Cinéma» -il a toujours sa caméra entre les mains-, lui trouve une chambre dans cette maison-microcosme. La guerre qui s’amplifie, omniprésente par le hors champ sonore, tirs, sirènes, explosions, bombardements, n’est jamais montrée mais évoquée à travers souvenirs, témoignages ou absence des habitants. Hussein, le journaliste est arrêté, Lara rêve de boire un verre de vin sur la place centrale de Homs et y part ; Oum Sami, la logeuse, sortie prier à la Mosquée des Omeyades, en revient choquée et bouleversée : «Je ne sortirai plus jamais ! Ils tuent tous nos jeunes.» La privation des libertés est, bien sûr, suggérée par ce lieu-clos -les échappées hors de la maison sont rares- mais surtout par le cadre, très soigné. Barreaux, voilages, fenêtres obligent le regard à aller chercher au-delà. «On est obligé d’emprunter des détours, on ne peut pas voir les choses directement» explique le réalisateur.
Métaphore de la tragédie que vit la Syrie, Une Échelle pour Damas est aussi une allégorie sur le rôle du cinéma. Motifs récurrents du film, les miroirs, projections sur les murs ou les voilages, reflets, surimpressions, sont autant de symboles de la représentation et de l’incarnation. Et si Ghalia doit briser le miroir, «prison qui la ramène au passé», c’est à partir des films que projette Fouad-Cinéma qu’Hussein casse la télévision et se saisit d’une échelle pour monter voir Damas, sur le toit. Le dernier plan du film, comme un tableau de Géricault, inspiré par un plan d’Amarcord de Fellini nous rappelle que pour Mohamed Malas, c’est le cinéma qui est capable de révéler le réel. Il y évoque aussi bien Angelopoulos, auquel il rend hommage, ayant appris sa mort durant le tournage, que René Clément ou Kiarostami. Apocalypse now ?

ANNIE GAVA
Avril 2014

Une Échelle pour Damas a été projeté aux 2e Rencontres internationales des cinémas arabes, organisées par Aflam, qui se sont déroulées du 8 au 13 avril à Marseille. Lire ici l’entretien avec Mohamed Malas.

Photo : Une Échelle pour Damas de Mohamed Malas © Abbout Productions

Aflam
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