Plongée ethnographique et circassienne avec le Cirque du Vietnam au GTP

Géométries circassiennes et bambousVu par Zibeline

Plongée ethnographique et circassienne avec le Cirque du Vietnam au GTP - Zibeline

Le Cirque du Vietnam faisait halte au Grand Théâtre de Provence en ce début d’année. Cirque, fête, légèreté, l’amalgame ne rendrait guère justice au spectacle proposé qui transporte le public dans un autre univers. Dès l’entrée dans la salle, nous sommes accueillis par des chants d’oiseaux alors que le traditionnel cercle rouge de la piste occupe largement le plateau du théâtre, tandis qu’attendent adossés au mur de scène tambours, gong, agrès de bambous, paniers géants… promesses de virtuosités futures. Alors que l’ombre s’installe à la suite des recommandations d’usage, les portes latérales s’ouvrent et la troupe, composée de quinze acrobates et cinq musiciens, effectue son entrée joyeuse scandée par rythmes et chants venus des Hauts Plateaux du Vietnam, le tout en langue K’ho, ethnie minoritaire du centre du pays, dont les rites, les masques et les musiques ont inspiré le spectacle nommé Teh Dar qui signifierait « tourner en rond autour d’un feu ». Invocations, chants, introduisent les numéros qui sont conçus comme autant de scènes pittoresques souvent plongées dans un clair-obscur rappelant le feu primitif autour duquel se fonde la vie sociale. Les éléments du quotidien trouvent ici leur sublimation, la cueillette avec des seaux de bambous conduit à une époustouflante séance de jonglage où balles, bâtons et dos des récipients volent de l’un à l’autre et sont employés comme autant d’éléments percussifs, un panier rond géant ayant pour anse des bambous géants réunis en leur sommet en pyramide offre un espace propice aux acrobaties les plus improbables, tournant sur lui-même, occupant tout l’espace scénique, personnage principal réduisant la taille des protagonistes humains, qui s’adaptent avec une inventive intelligence à ce cadre instable. Une poésie onirique nimbe l’ensemble, douceur d’un « pas de deux » sur les dos de paniers mouvants, en portés et main à main d’une troublante tendresse, jeu de mikado démesuré… On se laisse emporter dans cet univers aux géométries précises, qui tient de la performance plastique autant que circassienne. Un bijou auquel manque sans doute le décryptage d’une traduction…

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2020

Spectacle donné au GTP, Aix-en-Provence, les 4 et 5 janvier

Photographie : Cirque du Vietnam © Dragon Images

Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net