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Vu par Zibeline

Transform, festival de la création queer contemporaine à Marseille

Genre(s) humain

Transform, festival de la création queer contemporaine à Marseille - Zibeline

La 3e édition de Transform ! a offert un panel réjouissant de la création queer contemporaine

Le temps d’un festival la planète était majoritairement femme, queer et noire. Comme la Britannique Rachael Young qui, avec Nightclubbing, pointe l’hétéronormativité et le racisme. Accompagnée d’une dj et d’une guitariste, la performeuse apparaît en sortant la tête d’une robe à l’apparence d’une couverture de survie. Ou l’éclosion d’un être engagé dans une lutte de tous les instants pour aspirer au respect et à l’égalité.

Chorégraphe martiniquaise Annabel Guérédrat s’affirme sorcière. I’m a bruja rend hommage aux femmes libres dont elle fait indiscutablement partie. Liberté de déambuler entièrement nue sur scène, transgression des normes. Diva mimant une chanson de Nina Hagen, prêtresse vaudou ou caricature de jeune de banlieue, les métamorphoses se succèdent avec grâce et conviction, en autant de tableaux à l’esthétique soignée, jusqu’au bouquet final, lorsque sur son corps huilé elle déverse une pluie de confettis pailletés. La sorcière est devenue fée.

Nous restons dans le surnaturel ou plutôt la science-fiction avec The black star chronicles, de Kapwani Kiwanga. Cette lecture performée, totalement décalée, est un bijou d’afrofuturisme. S’appuyant sur des références culturelles et sociales véritables, la conférencière supposée vivre au XXIIe siècle déroule une étude d’une grande finesse humoristique pour déconstruire le processus discursif de la fabrication des genres et des races au sein des civilisations terriennes ancestrales.

On n’oublie pas les hommes ! Ahmed Umar, Soudanais vivant à Oslo, met en scène les blessures morales conséquentes à son coming-out, en sculptant devant le public -plus tard invité à faire de même- des personnages en argile pour donner une forme inanimée aux responsables de sa souffrance.

Daniel Hellmann à la ville est Phil au lit. Travailleur du sexe, il présente Traumboy, un one-man-show autobiographique qui déstabilise. D’abord parce que le protagoniste respire la générosité, la stabilité et l’épanouissement. Escort suisse aux tarifs exigeants, Daniel déballe tout sur le ton de la légèreté, le propos pertinent et l’écriture incisive. Commençant le spectacle en invitant le public à lui envoyer des questions sous forme de sms, il le termine en interrogeant à son tour la salle, avec la même spontanéité. Prostitué militant doté d’un réel talent artistique, l’auteur dénonce la France abolitionniste. L’auditoire acquiesce, pas nous. Car aussi réussi et séduisant que soit Traumboy, nous n’idéaliserons jamais une société qui ferait de la marchandisation des corps la norme. Qu’elle soit choisie ou non.

LUDOVIC TOMAS
Septembre 2018

Le festival Transform ! a eu lieu du 4 au 12 septembre à Marseille, au Vidéodrome2, Klap et Montévidéo

Photo : Traumboy -c- Hervé Richaud


Klap
Maison pour la Danse
5 rue du Petit Versailles
13003 Marseille
04 96 11 11 20
http://www.kelemenis.fr/


Montévidéo
3 Impasse Montévidéo
13006 Marseille
04 91 37 97 35
http://www.montevideo-marseille.com/


Vidéodrome 2
49 Cours Julien
13006 Marseille
04 91 42 75 41
http://videodrome2.fr/