La Compagnie montpelliéraine In Situ a présenté Espèce d’animal devant un public de professionnels

Galerie de l’évolutionVu par Zibeline

La Compagnie montpelliéraine In Situ a présenté Espèce d’animal devant un public de professionnels - Zibeline

Voici une famille qu’on pourrait qualifier d’ordinaire : le père, autoritaire, masque une inquiétude attendrie envers son fils adolescent, la mère, effacée, dodeline de la tête plutôt que de s’exprimer, le petit frère pleurniche car ce soir il n’y a pas de haricots au menu (nous sommes en Écosse), et ils horripilent tous Paul, qui étouffe dans la cellule parentale. Il parvient pourtant à se comporter comme un bon fils, ses résultats scolaires sont corrects, il rentre à l’heure, et il boit du lait (trop, pense le père, tandis que la mère se réjouit qu’il ne se pique pas à l’héroïne). Heureusement il y a son copain Jerry, terrible meilleur élève qui fait trembler tous les profs, et Karen, si troublante lorsqu’elle mâche son chewing-gum. Au lycée aussi, on est face à des modèles bien connus ; la fille qui aguiche et qui semble connaître bien mieux la vie que les garçons, le prof de sport, parfait avec son survêt débraillé et ses postillonnants encouragements sur le terrain de foot, celui de biologie, drapé dans sa blouse blanche, piètre pédagogue plein d’une connaissance qu’il s’évertue envers et contre tout à diffuser. Au milieu de cette galerie de personnages, Paul se démarque, prend de l’épaisseur : le texte de Douglas Maxwell nous laisse accéder à ses pensées, que l’adolescent dévoile dans des monologues intérieurs. Autant inquiet que fasciné, il se demande s’il n’est pas un animal. Pas seulement celui qui descend du singe, pas non plus celui qu’on se découvre dans les tests des magazines de psychologie. Il est un rat, un aigle, un saumon. Des espèces s’imposent à son inconscient, viennent lui prêter main forte dans l’adversité, mais lui forcent la main, aussi. Dag Jeanneret a sollicité Clément Bertani pour incarner Paul ; son jeu est extrêmement juste, dans cet adolescent dépassé par ses émotions, qui se mue très naturellement en une Espèce d’animal. Elodie Buisson, François Macherey et Frédéric Roudier habitent tous les autres personnages : eux aussi manient la transformation, et le metteur en scène souligne alors à quel point nous sommes compartimentés dans des stéréotypes (de genre, de classe, d’âge). Et comme cela est difficile de s’en affranchir. Parce qu’il désire tant voler, Paul s’échappe de ces cases prédéfinies. Au risque de se brûler les ailes, mais la liberté est à ce prix.

ANNA ZISMAN
Janvier 2021

Espèce d’animal a été joué devant un public de professionnels les 19 & 20 janvier au Hangar Théâtre – ENSAD Montpellier. Initialement prévu pour être présenté au Théâtre Jean Vilar les 21 & 22 janvier, la création y aura lieu en février 2022

Photo : Espece d’animal © Régis Durand de Girard

Théâtre Jean Vilar
155 rue de Bologne
34080 Montpellier
theatrejeanvilar.montpellier.fr