Création mondiale au conservatoire d'Aix, Horae quidem cedunt de Michel Petrossian, interprétée avec brio par l'ensemble Musicatreize.

Fusion des âgesVu par Zibeline

• 13 juillet 2015 •
Création mondiale au conservatoire d'Aix, Horae quidem cedunt  de Michel Petrossian, interprétée avec brio par l'ensemble Musicatreize. - Zibeline

Le Festival d’art lyrique d’Aix, et son directeur, Bernard Foccroulle, commémorent le 100ème anniversaire du génocide arménien par une représentation profondément originale, et en première mondiale, donnée à l’auditorium du Conservatoire Darius Milhaud. Le compositeur Michel Pétrossian a composé pour douze voix a capella Horae quidem cedunt !, commande de l’ensemble Musicatreize, avec l’aide du Centre Culturel Voce (Centre de Création Musicale de Pigna [Haute-Corse]). La dénomination ‘ciné-concert’ ne correspond pas à la forme habituelle, les musiciens sur scène n’accompagnent pas le film qui dispose de sa propre bande son, mais lui offrent un écrin d’une intense poésie. Un véritable triptyque s’ordonne emporté par le film étrange en noir et blanc du poète et cinéaste arménien, Artavazd Pelechian, Les Saisons (film de 1972).

Ce long poème sur des musiques de Vivaldi (Les quatre saisons, sic !) et de V. Kharlamenko, évoque en une vaste parabole les moments déterminants de l’histoire des migrations du peuple arménien ; transhumance, moissons, fenaisons, rythme tournoyant et répétitif, doublé de la technique du « montage à distance », inventée par Pelechian lui-même et qu’il expose dans son livre Le montage à contrepoint, ou la théorie de la distance (traduit en français dans la revue Trafic en 1992). Il s’agit d’une construction circulaire, spiralée (temps baroque par excellence), où la bande son comprend seulement de la musique et des bruits, fusionnant avec l’image.

À cette narration bucolique répondent les textes de Virgile, de Cicéron, en latin et en traduction française, (extraits respectivement des Géorgiques et du De Senectute), de la Genèse (en Hébreu ancien et en français) et de fragments de la Déploration pastorale de Philippe Mahaud (2014).

La composition de Michel Petrossian, dirigée avec une intelligence sensible par Roland Hayrabedian, se joue en écho au film de Pelechian, univers champêtre, temps cyclique des saisons, et déploration de ces heures (le terme pour heure et saison est le même en latin), qui fuient, de ce temps qui ne revient jamais. La scénographie (Toni Casalonga) d’une poétique simplicité joue sur les ombres des chanteurs, foule innombrable derrière l’écran, clin d’œil à la technique cinématographique des Saisons, douze voix qui réparties de part et d’autre de l’espace de projection se répondent, psalmodient, disent, modulent, mêlent leurs scansions, notes qui s’égratignent, se lovent, bondissent vers des clameurs aigues et plongent dans des graves majestueux. Latin, français, arménien tissent leur musicalité particulière, dessinent un univers lucide, conscient de sa fin, et le fixent en instants d’éternité, suspendus à la beauté des voix. « Certes, les heures s’en vont », mais leur mémoire est l’humus des mythes qui nous fondent.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2015

La création mondiale d’Horae quidem cedunt pour douze voix a capella de Michel Petrossian a été donnée le 13 juillet au Conservatoire Darius Milhaud, dans le cadre du festival d’Aix.

copyright : JC Carbonne

 

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